Quand Karachi rime avec Sarkozy

Quand Karachi rime avec Sarkozy

L’affaire Woerth n’était qu’une aimable plaisanterie, auprès de celle qui se dessine et qui éclabousse le président de la République lui-même. Peuplée par 13 millions d’habitants, Karachi est la capitale économique du Pakistan. C’est aussi dans cette ville que, le 8 mai 2002, eut lieu un attentat-suicide qui tua 14 personnes, dont 11 Français employés par la Direction des Construction Navales.

Cet attentat aurait pu avoir été commis en « punition » de l’arrêt du versement de commissions aux acteurs pakistanais d’un marché portant sur la vente de sous-marins à ce pays par la France en 1994. Ces commissions auraient elles-mêmes donné lieu à des rétrocommissions qui auraient servi à financer la campagne d’Edouard Balladur, dans lesquelles certaines rumeurs accusent Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, d’avoir été impliqué. Elu, Jacques Chirac, « ami de trente ans » et rival de Balladur, aurait ordonné en 1995 de mettre fin à ces pratiques.

Le témoignage récent de l’ancien ministre de la Défense Charles Millon, qui a déclaré avoir eu, « au vu des rapports des services secrets et des analyses qui ont été effectuées par les services du ministère », « l’intime conviction qu’il y avait eu des rétrocommissions », vient étayer ces soupçons, de même que les déclarations de Dominique de Villepin, qui a lui aussi fait part de ses « très forts soupçons de rétrocommission », en ajoutant toutefois deux jours plus tard ne pas en avoir de « preuve formelle ».

Le 9 novembre, le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, a refusé de transmettre au juge Renaud Van Ruymbeke la transcription des débats qui, en 1995, avaient conduit les rapporteurs du Conseil constitutionnel à conseiller aux « sages » de refuser de valider les comptes de campagne d’Edouard Balladur. Le Conseil, alors présidé par ce grand honnête homme de Roland Dumas.

Debré et Accoyer refusent au juge l’accès à l’information

Pour refuser de communiquer ces pièces, l’ancien factotum de Jacques Chirac a argué du « secret qui s’attache aux délibérations » et de l’article 63 de la Constitution, qui fixe à 25 ans le délai d’accès à ces archives. Le 20 octobre dernier, Michèle Alliot-Marie, encore Garde des Sceaux, avait pourtant estimé que la justice pouvait consulter ces documents.

Par ailleurs, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a également refusé, au nom de la « séparation des pouvoirs », de transmettre à la Justice les comptes rendus des auditions des personnes entendues par la mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi, créée en octobre 2009.

Apparemment, la « séparation des pouvoirs » signifie, pour Accoyer, que les lois votées par les parlementaires ne concernent que le commun des citoyens, et ne s’appliquent pas à nos élus – ni au pouvoir exécutif !

A quoi jouent Jean-Louis Debré et Bernard Accoyer ? Le premier n’est pas connu pour aimer d’amour tendre Nicolas Sarkozy. Le second, en revanche, compte parmi les amis du président. Ni l’un, ni l’autre ne rendent service à ce dernier en bloquant l’accès de la Justice à l’information… à moins que ces documents ne recèlent une « bombe » susceptible de mettre en difficulté l’Elysée. C’est ce que de nombreux Français penseront si l’opacité est maintenue autour de cette affaire.

Jean-François Léonard

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(6) Commentaires

  • ozone Répondre

    Dénominateur commun,le financement de leurs maudites campagnes éléctorales,seul but qui semble faire bander toute cette vérmine

    22/11/2010 à 19 h 49 min
  • R. Ed. Répondre

    Quand on choisit ses ministres, il faudrait aussi par la même occasion les " sélectionner ".

    Essayer si tant se faire se peut  de prendre des personnes irréprochables, mais c’est peut-être devenu une impossibilité dans ce pays.

    En plus, Bouteflika, quand il est malade, il vient se faire soigner en France, quelle confiance dans les médecins de son pays.

    22/11/2010 à 15 h 00 min
  • françois Répondre

       Je ne suis pas un spécialiste, mais il ne faut pas tout confondre.
      – Les commissions sont quelque chose d’encadré, LEGALES, qui visent à rémunérer les intermédiaires qui ont permis l’aboutissement d’un contrat, qu’il soit d’armement, industriel, ou autre.
      – La rétrocommission est une part que l’on renvoie au payeur de la commission pour diverses utilisations en général illégales. C’est une manière de détourner de l’argent pour une cause ou une autre.
      S’il y a eu rétrocommission ( ce qui reste à prouver), on soupçonne Baladur d’en avoir profité.
      Chirac aurait arrêté le versement des sommes correspondant aux rétrocommissions. Il ne pouvait pas arrêter celles correspondant aux commissions qui étaient prévues LEGALEMENT par contrat.
      Dès lors, qui était lésé? Le bénéficiaire des rétrocommissions. ( Soupçonné Baladur).
      Alors, les bénéficiaires ( supposé Baladur) auraient commandité l’attentat de Karachi pour se venger? On rêve!
      Mais la gauche ne rate pas une occasion de tenter de faire porter le chapeau à ses ennemis. ( A ce propos, n’avez vous jamais remarqué que la droite a des adversaires mais que la gauche n’a que des ennemis?) Car, bien sûr, il est évident que Sarkozy est LE responsable, ceux qui ont posé la bombe n’y étant pour rien!

    22/11/2010 à 14 h 16 min
  • Anonyme Répondre

    Pierre : " A l’incompetence (que dire du nouveau ministre des affaires medicales et sociales, Nora Berra, medecin aux qualifications algeriennes qui exercent en France sans les necessaires qualifications francaises (…) "

    –      Nora Berra n’est certainement pas incompétente, mais, en tant qu’Arabe, donc étrangere, elle ne devrait pas avoir sa place chez nous, dans aucune fonction, dans aucune position, tant que le nombre d’étrangers en France sera excessif. Il n’y a pas besoin d’essayer d’apporter d’autre raison.
    Nora Berra, qui est certainement tres brillante, pourrait et devrait rendre d’énormes services a son peuple, en Arabland.

    Best,

    Mancney

    22/11/2010 à 14 h 04 min
  • vozuti Répondre

    pauvre jacques chirac!!!      il n’a pas touché sa part???                               quand jacqouille est privé de dessert ça pète à karachi.

    22/11/2010 à 13 h 49 min
  • Pierre Répondre

    A l’incompetence (que dire du nouveau ministre des affaires medicales et sociales, Nora Berra, medecin aux qualifications algeriennes qui exercent en France sans les necessaires qualifications francaises: autre cas de discrimination positive), au sectarisme, il faut bien ajouter la corruption active de L’UMP-PS-PC-Verts. 

    22/11/2010 à 11 h 26 min

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