Quelques témoignages attristés d’un enfant du siècle

Quelques témoignages attristés d’un enfant du siècle

Je dis «enfant du siècle», parce que j’ai un âge qui m’a permis d’être le témoin des événements qui ont marqué le XXesiècle – un siècle qui aurait pu être meilleur, en disant le moins, disons plus simplement qu’il fut terriblement meurtrier.

Lorsque j’étais enfant, je n’entendais parler que de la «Grande Guerre», la guerre contre les «Boches». C’était pourtant une guerre que les Alliés avaient gagnée, et d’abord la France, mais à quel prix!

Même vainqueurs, nous avions toujours peur des «Boches». Mieux encore, je me souviens que des grands-parents parlaient du siège de Dijon par les Prussiens et, lorsqu’on s’était offert un bon repas, on disait: «C’est un déjeuner que les Prussiens n’auront pas. » Cette peur des Allemands, c’était une obsession.

Le souvenir de cette guerre était un peu comme une religion.

En voyage en Lorraine avec mes parents, j’entendis, recueilli, évoquer cette Lorraine enfin retrouvée. Puis ce fut Adolphe Hitler.

À la radio, je l’ai entendu. Il avait une voix rauque que le peuple allemand écoutait et approuvait à 99%. Mais la France ne voulait pas l’entendre et la France déclara la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939.

On connaît la suite.

Je me souviens de la première image de la France occupée. Un défilé de blindés à la croix gammée qui auraient pu prendre de l’essence aux pompes en service …

Personnellement, étant scout, je distribuais des bouteilles d’eau aux militaires français qui, en train, montaient au front, ou plutôt qui en descendaient.

Ce jour-là, les bombardiers italiens arrosèrent la ville. Ils manquèrent tous leur objectif, mais ils tuèrent beaucoup de civils, démontrant ce qu’ils savaient faire.

Jeune fonctionnaire, diplômé et naïf, je fus ensuite affecté en Indochine où je découvris jour après jour ce que je n’attendais pas.

Les officiers de notre armée, souvent bedonnants, carburaient au cognac soda, un breuvage que j’ai goûté une fois mais pas deux! Certains avaient une compagne locale, y compris le premier d’entre eux, commissaire de la république, qui, lui, avait une compagne qui n’était pas vietnamienne – elle était chinoise (ce qui prouvait qu’elle n’était pas raciste). Et ce fut Dien Bien Phu. Je n’y reviendrai pas.

J’en ai parlé dans ma chronique du 25 septembre 2020 (n°1262).

J’avais alors un peu comme confident un jeune officier. Comme moi, il déplorait ces comportements, mais il n’en disait mot.

Il savait se taire. Mais se taire toujours, c’est aussi accepter la soumission. Alors que faire?

Il reste que, tout au long de ma carrière, j’ai noté que les officiers qui m’entouraient étaient remplis de bon sens.

Ils voyaient bien ce qui se passait, mais ils obéissaient.

On sait d’ailleurs que toutes les grandes décisions militaires sont prises par les civils …

En Afrique, j’ai découvert des populations antérieures à l’Antiquité.

Elles habitaient dans des huttes en torchis, dont le toit était fait de paille qu’on changeait tous les ans.

Ces pauvres gens dormaient pratiquement à même le sol. Ils se nourrissaient pour l’essentiel de gibier qu’ils tuaient avec des arcs et des flèches, lorsqu’ils ne se tuaient pas entre eux, avant que la paix coloniale vienne mettre un terme à ces tueries tribales. Souvent, ils avaient faim, comme ces enfants, le ventre gonflé, pour qui un morceau de pain était une gâterie. Ils n’en étaient pas moins pleins de bon sens et d’humour, se moquant discrètement du comportement des Blancs, mais, pour trouver des prix Nobel, il valait mieux chercher ailleurs! Tout cela n’a pas beaucoup changé, sauf que les arcs et les flèches ont été remplacés par des fusils-mitrailleurs.

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Dans l’actualité de ces derniers jours, je note avec regret que les œuvres d’art que les colonisateurs avaient sauvées, rassemblées et exposées dans leurs musées en métropole viennent d’être «restituées» – du moins certaines d’entre elles –, au mépris du caractère inaliénable du patrimoine. Elles seront sans doute vendues à de riches collectionneurs ou plus simplement perdues. N’oublions pas que désormais tous ces pays sont en guerre ou en état d’anarchie!

Revenons en Europe, où je fus affecté en ex-Yougoslavie, chargé de l’application des accords de Brioni, dans ce pays à feu et à sang. L’ambassadeur d’Allemagne reçut la même mission et nous voici dans une jeep blindée, conduite par un militaire italien, à inspecter le «front». En avions-nous la compétence ? Moralement, sûrement. Roulant sur des chemins en terre battue qui pouvaient être minés, nous avons eu de la chance. Ainsi ai-je pu dire à l’ambassadeur d’Allemagne: «Vous voyez, Monsieur l’Ambassadeur, l’ambassadeur d’Allemagne et l’ambassadeur de France sont tous deux chargés de rétablir la paix. C’est un signe, c’est un peu un retournement de l’histoire. Et nous avons la chance, tous les deux, de le mettre en œuvre.»

L’ambassadeur d’Allemagne, un grand Rhénan qui parlait parfaitement le français, ne dit rien.

Il m’embrassa et me serra fortement la main. Ce fut là sans doute le plus beau souvenir de ma carrière.

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(1) Commentaire

  • ELEVENTH Répondre

    Oh la la !
    A lire votre CV , fort intéressant mais malheureusement très lacunaire (je ne parviens pas a savoir si vous vous êtes ou non trouvé une fois dans la situation de militaire ou si vous avez pu passer à travers les gouttes, ce qui fait une grande différence, mis a part la promenade en Yougouslavie), chacun peut en déduire que vous faites partie maintenant des « plus que vieux », tellement honnis par le sieur water de Closet.
    Si l’on suit la démarche mentale du sus dit ( le crétin à l’écharpe rouge a la même, ainsi que du con de sponville) , vous auriez déjà du vous faire sépuku, ne serait ce que pour l’honneur. Mais nous attendons toujours l’avis nécrologique de water closets qui ne semble pas trop pressé de faire coincider ses idées et ses actes.
    Car, voyez vous, excellence, la bienséance vous convie à lâcher la rampe, fissa, et laisser la place à nos petits jeunes (et même djeuns) pour qui votre existence est non seulement un fardeau, mais une insulte à leur liberté de vivre.
    Comprenez bien que cette « génération sacrifiée » selon la formule de l’animatrice Ferrari, souffre énormément de ne pouvoir faire la brigue avec ses amis, tandis que ceux des classes 55 à 60 eux ont eu le privilège de vivre bien plus que proches avec d’autres dans des taudis d’Algérie, en attendant les moments exaltants des périodes d’opérations, patrouilles diverses, escortes mortelles de convois, etc… Nous passerons sur les 50 à 60000 morts que ces divertissements ont généré ainsi que sur le nombre d’estropiés à vie.
    Dans une ère de pleurniche ou tous les grands ados sont étudiants, même les branquignols, alors qu’une partie des anciens étaient déjà a l’usine, les mains dans le cambouis, la moindre restriction devient insupportable et prendre ses cours par le net plutot que dans un amphi surchargé, quelle douleur. Et ne pouvoir se loger à Paris pour étudier, alors qu’avec le WEB on peut le faire depuis le trouducul de la dernière province, bien au chaud chez les parents qui vous nourrissent.
    Donc les « vieux » (attention aux nombreux lecteurs des 4V, dont votre serviteur) : direction la boite en sapin et sans regret.
    Mais pas de testament imbécile avant le grand saut, genre légation de vos biens à la SPA ou autres . Seuls les soutiens aux envahisseurs actuels et futurs seront autorisés) SOS méditérannée (pardon sos remplaçants) , c’est accepté et même vivement recommandé.

    06/02/2021 à 2 h 46 min

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