Qui a peur de François Bayrou ?

Qui a peur de François Bayrou ?

Je pense que le retour de François Bayrou est une très bonne nouvelle. Il est le seul à ne pouvoir prendre aucune voix à Marine Le Pen tout en en prenant beaucoup aux deux autres. Il est un candidat du centre, en même temps de l’alternance : ce faisant, il garantit la sécurité politique au bourgeois (on a compris que Marine Le Pen aura le vote des pauvres : heureusement ce n’est pas cela qui manque) tout en offrant le léger décalage qui était énervant il y a cinq ans, mais qui est si nécessaire aujourd’hui : il faut sauver le soldat bourgeois de l’alternance gauche-droite mondialisées, de la cata annoncée, de la défaite renouvelée avec goût.

Nous l’avions interviewé il y a plus de vingt ans maintenant ; c’était pour Minute-la France, de notre inoubliable et inoublié Serge de Beketch, et Bayrou, alors méconnu, n’avait pas eu peur. Il m’était apparu comme un homme à la fois gonflé et l’antithèse de la baudruche gonflée que l’on l’habitude de voir dans la fausse droite. Un homme qui n’avait pas peur de ses convictions, même si elles étaient ennuyeuses et fausses. Défenseur de l’Europe et des régions comme tous ses compères de l’UDF, Bayrou aura compris entre-temps que cet idéal, soit n’avait pas été appliqué, soit était tout simplement mauvais, comme tous les idéaux qui ne marchent pas. Le recyclage de ses idées par les malandrins en place ne lui aura pas échappé tout de même.

Cet agrégé en manches courtes, cet humaniste en tracteur qui défiait les journalistes, ce père de six enfants avait de quoi plaire à une France à la fois profonde et plurielle, droite molle et bien-pensante, tradi et moderniste, la droite bobo qui me semble beaucoup plus solide que la gauche dite bohème. Je crois fondamentalement qu’hors de Paris, 90% des bobos sont de droite ou de centre-droit, non pas tant par leurs idées que par leur comportement. C’est pourquoi Bayrou peut plaire à ceux qui se croient de gauche tout en vivant comme ceux qui sont de droite : l’Europe, les régions, les droits du monde, très bon tout cela, jusqu’au moment où l’on se rendra compte que le girondins, comme disait mon prof d’histoire à Louis-le-Grand, jouent vraiment trop mal sur scène et qu’il faudra les remplacer par des gens de la montagne ou de la marine qui leur dira merci…

Bayrou a en outre publié voilà trois ans un très bon livre de rage, où il règle ses comptes avec le pouvoir en place ; j’avais apprécié le ton passionné et pamphlétaire, si rare en politique, mais aussi le style, mais aussi les citations, mais aussi les convictions ; comme beaucoup de modérés, Bayrou a compris que l’actuel président était le pire président pour la droite et, partant, pour la France. Lui-même avait dû basculer peu avant : on se souvient comme l’immortelle mère Veil l’avait lâché au soir des présidentielles, montrant le peu de cas qu’elle faisait de ses convictions, quand il s’agissait de défendre ses intérêts. Il y a des trahisons qui font mûrir mieux que d’autres ; comme celle des patriotes (je ne dis pas des nationalistes) trahis à fond par le gaullisme à l’agonie.

Bayrou fait partie de la droite de la poule au pot, la droite du Paris vaut bien une messe ; mais La Fontaine nous a rappelé après Esope qu’il ne faut pas mépriser maître Gaster… La droite bobo, c’est une droite d’éditeurs, pas d’auteurs. Ce sont des gens qui préfèrent un style de vie (le tracteur, le ris de veau, le week-end à Tanger) aux idées, ce sont des gens qui ne sont pas implacables en matière d’idées, pour reprendre l’expression de Paul Hazard sur l’intelligentsia des Lumières. Mais cette droite qui était si circonvenue par les partis traditionnels depuis trente ans – c’est-à-dire depuis que l’on appliqué ses idées en matière d’Europe et de régions… –, prolétarisée par les forces des ténèbres mondialisées et coalisées maintenant, même si son immobilier a monté (mais pour quoi faire ?), cette droite trahie se réveille et redevient la droite du panache blanc (expliquez la référence à Pécresse !). Et son discours et ses manières politiques de centre-gauche sont très bonnes pour nous et bien sûr pour la France.

Hollande sera l’otage des syndicats et de Mélenchon, l’autre de la francophobie et de l’oligarchie planétaire aux commandes. Bayrou offre ce rassurant visage de contestation mais pas trop… Il peut les tondre à foison. On ne peut que s’émerveiller qu’aucun politologue n’ait su annoncer l’avènement de Bayrou et qu’il ait fallu attendre les sondages pour réveiller les kremlinologues de l’Elysée.

Rendez-vous au soir du premier tour, nous pourrions avoir, comme vient de le voir dans sa boule de cristal un grand homme politique dont la fille se présente à l’actuelle élection, deux surprises au lieu d’une. La France qui monte, c’est la France qui dit non. Qu’on se le dise en haut lieu et en banlieue.

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(9) Commentaires

  • dissident Répondre

    lesrs c est lui  faits rien que les faits rappelons nous son numero quand il etait ministre de l educ nat avev Vuaillat secretaire generale du snes communiste, et regulariser clandos et dtoit de vote aux etrangers c est de lui aussi ! pas besoin de se creuser les meninges donc

    23/01/2012 à 22 h 00 min
  • Inspecteur Juve Répondre

    Etonnant. Bayrou a été durant des années un membre du système à qui nous devons la ruine actuelle. Son passage à l’Education Nationale était digne de Jacques Chirac : ne rien faire pour ne pas avoir de grèves pour ne pas compromettre un éventuel « destin national » … Personnellement, je le jetterais avec le reste.

    23/01/2012 à 18 h 46 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

                 François Bayrou ( citation )

    "si je suis élu je ferai ce qui doit être fait"

                        tout un programme !

    22/01/2012 à 18 h 01 min
  • glaret Répondre

    C’est amusant de voir ceux que gêne Bayrou se tordre les méninges pour lui trouver des poux dans la tête, et tâcher de le dévaloriser si possible. C’est toujours d’une platitude et d’une impuissance remarquable. Il s’agit en priorité de se débarrasser à la fois de Pinocchio et de Pédalo. Qui veut faire la fine bouche ?

    22/01/2012 à 17 h 31 min
  • HOMERE Répondre

    Oui gizardin je suis d’accord.

    Bayrou est celui qui dit non à tout et oui à rien.Il ne représente rien du tout que quelques nostalgiques du consensus impossible.C’est le retour des radsoc impuissants et objets de toutes compromissions.La France doit se battre et ne pas écouter le bruit des sources et le gazouillis des oiseaux….

    Bayrou serait le pire pour notre pays…..de toute  façon il votera Hollande par haine de Sarkozy…comme beaucoup de français….hélas !!

    Si nous avions un duel Bayrou Le Pen au second tour,Bayrou serait Président élu à 90% pour ne rien faire…..le centre est immobile…..par définition,et à égale distance de tout….

     

    22/01/2012 à 15 h 17 min
  • dissident Répondre

    rappelons nous ses prouesses lorqu il etait ministre, surtout aller dans le sens des syndicats marxistes, ne rien faire pour les contrarier ;

    rappelons que s il est elu ce sera regularisation de la plupart des clandestins soit disans sans papiers, donc nouvel appele d air pour l immigration,

    et droit de vote aux etrangers pour les elections locales c est a dire des mairies islamistes en 2014,

    le centrisme, ce cancer de l ame avait dit d une facon exacte A Sanguinetti gaulliste que je n aimais pas traitre a l Algerie francaise,

    ne cherchons pas des combinaisons politiciennes, tout le personnel politique sortant est a vomir

    22/01/2012 à 14 h 48 min
  • gizardin Répondre

    Bayrou c’est toujours le centre qui avance sur un fil et ne sait de quel coté il tombera! Le centre n’est pas le ventre de la France. C’est un corpus mou, versatile et fugace qui ondule au gré des frustrations…

    22/01/2012 à 9 h 57 min
  • FrédéricLN Répondre

    C’est fort bien écrit, même si je n’approuverais ni tout le fond, ni toute la forme. Pour l’Histoire : Simone Veil a annoncé son soutien à Nicolas Sarkozy non pas après la présidentielle, mais le 8 mars 2007, vers 17h30 si mon souvenir est bon. Le même 8 mars vers 20h45, Nicolas Sarkozy faisait l’annonce du « Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale » qui allait chiffonner Mme Veil (interview dans Marianne la semaine suivante), sans qu’elle lui retire son soutien. La dégringolade de M. Sarkozy dans les sondages s’arrêtait aussitôt. « qu’aucun politologue n’ait su annoncer l’avènement de Bayrou et qu’il ait fallu attendre les sondages pour réveiller les kremlinologues de l’Elysée » : je m’en étonne aussi ; mais ils ont deux excuses. D’une part, ils ne savent compter que jusqu’à deux (le nombre de leurs bailleurs de fonds) ; d’autre part, ils ne s’intéressent aux partis d’idées, comme le centre démocrate, les écologistes ou les libéraux, que quand ceux-ci servent de force d’appoint aux détenteurs de pouvoir. Le centre démocrate est donc sorti de leurs écrans radar au soir des législatives 2007 — tout comme le Front National pour la même raison.

    21/01/2012 à 12 h 08 min
  • Gari Répondre

    Très bon article, Monsieur Bonnal. C’est en effet François Bayrou qui peut nous délivrer d’un coup de la peste et du choléra. La France a besoin de ce coup de balai, après on verra beaucoup plus clair.

    21/01/2012 à 11 h 18 min

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