Réflexions pauliniennes sur le candidat, la France forte et l’amer Egée

Réflexions pauliniennes sur le candidat, la France forte et l’amer Egée

Hommes, je vois que la navigation sera accompagnée de revers et de beaucoup de dommage, non seulement quant au chargement et au navire, mais même quant à nos vies.

Actes des Apôtres, 27.

On est tous embarqués sur le même navire. Mais quand ces navires viennent à couler ? En ce moment, les monstres des croisières, parodies de l’arche de Noé réservés à une humanité perdue par ses rêves de crédit, voyage sot et de jouissance creuse, devraient nous ouvrir les yeux…

En voyant une affiche électorale j’ai pensé bien sûr à saint Paul et à sa navigation hauturière dont on nous parle si mal dans les sermons, parce qu’elle répond à une symbolique sacrée que nous avons omise. Pourtant saint Paul nous parle de la mer.

Et étant montés sur un navire d’Adramytte devant faire voile pour les lieux [qui sont situés] le long de la côte d’Asie, nous partîmes, Aristarque, Macédonien de Thessalonique, étant avec nous.

(Actes, 27)

Thessalonique ? Mais revenons à l’affiche électorale. Un visage sur devant une mer (mère ?) mi-tranquille mi-agitée, censée représenter la France éternelle et sa terre enfouie…

Deux jours, après on sait que la mer en question est la mer Egée, quelque part en méditerranée orientale. Pour trouver une image de candidat présidentiel aussi nulle, il faut sans doute remonter à Giscard d’Estaing en 1981. Souvenez-vous : maintenant il faut un président à la France (on était après la deuxième crise du pétrole, et bien sûr après l’Iran, comme toujours depuis Crassus), comme si depuis 1974 on n’en avait pas eu ! Ici on nous parle de France mais on ne nous la montre pas, la France. Dans le discours du résident, dans la réalité du président, elle n’a jamais très existé, la France. C’est un support, un porte-avions pour faire la loi, pour faire parler de soi, et déclarer la guerre aux Syrtes ou aux syriens, en attendant les Iraniens, le Pakistan. C’est la nef d’un fou, la France. Elle s’est déportée à l’orient, la France, avec sa milice humanitaire privatisée que l’on nommait jadis armée nationale. Saint-Paul, toujours, comme s’il avait peur de l’euro.

Mais un peu après, un vent orageux, appelé Euroclydon, descendit violemment de l’île. Et le navire étant emporté et ne pouvant tenir contre le vent, nous le laissâmes aller à la dérive et fûmes emportés. Et courant sous une petite île appelée Clauda, nous nous rendîmes à grand-peine maîtres de la chaloupe… et craignant de tomber sur les bancs de sable de la Syrte, ils descendirent les agrès… et étaient ainsi emportés…

Qu’allait-il faire dans cette galère ? Comme demandait l’autre. En ces temps de naufrage et d’incendie de ces énormes monstres de croisière, on peut se rappeler que son premier geste, au candidat présent, une fois élu, fut de la fuir, la France, pour gagner un yacht de trois-cents mètres ou plus quelque part du côté de Malte. Alors, la mer Egée ou Malte ? Voyons saint Paul :

et le reste, les uns sur des planches, et les autres sur quelques [débris] du navire.

Et ainsi il arriva que tous parvinrent à terre sains et saufs. Et ayant été sauvés, alors nous apprîmes que l’île s’appelait Malte.

Ce refus de la terre, cette volonté de déracinement sont pathétiques. Le président s’est présenté il y a peu comme un « métèque » à l’actuel président américain, tout fier lui aussi d’embêter les autochtones avec ses réformes. « Toi et moi nous sommes des métèques, alors on adore faire des réformes ! » C’était en page 2 du Canard enchaîné, cela a été repris partout.

Les deux champions des médias ont surtout fait des dettes, fait exploser les dettes nationales, sans pour autant créer d’emplois.

On sait aussi par une confession à Philippe de Villiers que le copain de Barack déteste physiquement la France, presque autant que François Mitterrand l’aimait charnellement avec son beau clocher de 1981 et ses pèlerinages enracinés que j’avais explicités dans mon Grand Initié (*). Il rêve de suites aux caraïbes ou des casinos mondialisés du golfe persique.

J’avais trouvé très bien aussi cette soirée au Fouquet’s, après ce regard de mépris lancé à la foule post-française qui l’avait porté au pouvoir, en compagnie des barons du showbiz : Fouquet, ce grand argentier qui avait trop pris dans la caisse, et qui avait fini à l’ombre pour avoir trop fait d’ombre au plus grand de nos rois. L’homme au masque de fer : nous, nous avons élu le masque des affaires.

Sur ce désir panique de déracinement nous pouvons rappeler ce discours de toquard à Dakar, présumé d’extrême droite par une presse analphabète, et où l’on apprend que l’Afrique est restée à l’écart du progrès (pour lui, des chaînes de télé et des supermarchés) parce qu’elle n’était pas assez métisse : « la faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. »

Quand on vous dit de lire les textes !

Je ne sais pas s’il sera réélu ou si le fromage mou Hollande le sera en son remplacement, qui a déjà donné toutes ses garanties à l’OTAN, aux « gardians » de la finance londonienne ou à BHL. Ce que je sais, c’est qu’on sera mal barrés le moment venu avec de tels pilotes qui n’ont lu ni Vigny ni Saint Paul. Et que le roi Egée, quand il ne vit pas les voiles blanches de son fils Thésée, s’est jeté dans la mer qui depuis porte son nom. L’amer Egée, l’amer agité… Bienvenus dans l’après-France et son radeau du Dr Mabuse.

Nicolas Bonnal

(*) Mitterrand le grand initié, trois éditions : Claire Vigne, Albin Michel et Dualpha.

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(3) Commentaires

  • md Répondre

    Bonjour

     

    Belle métaphore au moment où la campagne électorale de M.Sarkozy vire à la croisière Costa.  Tout le monde  s’agite sur le pont et le capitaine fait n’importe quoi.

    07/03/2012 à 19 h 37 min
  • Daniel Répondre

    "On est tous embarqués sur le même navire"
    Voila bien le problème : ceux qui méprisent le peuple ne peuvent concevoir ce genre de promiscuité malsaine. 

    03/03/2012 à 20 h 21 min
  • ozone Répondre

    La croisière ne s’amuse plus…

    Poissons,gare a vous au début Mai…

    03/03/2012 à 11 h 23 min

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