Représentation et scrutin proportionnel

Représentation et scrutin proportionnel

À  la veille d’élections législatives qui promettent d’aggraver encore, si la chose est possible, le fossé entre le peuple et sa « représentation », on entend de nombreuses voix, de tous bords politiques, réclamer le passage au scrutin proportionnel.

Il est certain qu’il existe un grave problème de représentation.

Si l’on observe les résultats des législatives de 2017, on constate que le FN, qui a réuni près de 3 millions des voix au premier tour, n’a eu que 8 députés. Soit moins que le PCF, qui avait réuni pratiquement 5 fois moins de voix au premier tour.

Dit autrement, on constate qu’une voix FN « pèse » 4 fois moins qu’une voix communiste. Et même près de 13 fois moins qu’une voix LREM.

Ce constat pourrait encore s’aggraver de remarques sociologiques – en observant, par exemple, la surreprésentation des fonctionnaires au sein de l’Assemblée. Oui, il est clair que la « représentation nationale » ne représente nullement le peuple français.

Pourtant, si ce diagnostic est généralement partagé, il n’en va pas de même de l’analyse.

Il faut rappeler que les « grands ancêtres » de 1789 se défiaient de la démocratie. D’autant le peuple était à des années-lumière de leurs utopies. L’abbé Sieyès disait ainsi, dans sa célèbre brochure « Qu’est-ce que le Tiers état ? » : « Des représentants ne sont point des démocrates ; la véritable démocratie étant impossible chez un peuple nombreux, il est insensé d’y croire ou d’avoir l’air de la redouter ; mais la fausse démocratie n’est, hélas ! que trop possible. »

De toute évidence, cette « fausse démocratie » n’est rien d’autre que ce que nous appelons aujourd’hui « populisme ».

Les soutiens de la droite, hostiles au despotisme d’une gauche prétendument « éclairée », ont ainsi de sérieuses raisons de se réclamer de ce « populisme », tant il est vrai que le peuple est bien plus proche de notre vision du monde que de celle des oligarques.

Et, pour ce qui me concerne, je ne vois aucun inconvénient à en appeler au peuple des choix de ses « représentants ».

Cependant, il faut prendre garde à au moins deux inconvénients du populisme.

Le premier de ces inconvénients est qu’il n’existe pas de peuple sans élite (Aristote va jusqu’à dire, avec raison selon moi, que l’autorité est la cause formelle de la société). Par conséquent, opposer le peuple aux dirigeants est périlleux : tant que le populisme consiste à critiquer, voire à rejeter, les « élites » faillies, j’y suis favorable ; dès qu’il consiste à critiquer la nécessité même d’élites, il se condamne à l’absurdité.

L’autre inconvénient réside dans le monde de scrutin préféré des « populistes ». Pour améliorer la « représentation », il faudrait nécessairement un scrutin proportionnel.

Personnellement, j’y suis plutôt hostile (même si je vois bien tous les avantages momentanés qu’aurait cette solution). En effet, le scrutin proportionnel signerait le triomphe du régime des partis.

Avec un scrutin proportionnel, les partis désignent facilement leurs apparatchiks au détriment des notables enracinés.

On peut contester, bien sûr, les « barons locaux », mais du moins ont-ils l’avantage d’être enracinés, de connaître par conséquent les réalités du terrain, et surtout d’être assez largement indépendants.

Ajoutons qu’il serait assez facile d’améliorer la représentation sans les inconvénients de la proportionnelle en optant pour le scrutin majoritaire à un tour. Dans ce cas, les alliances devraient enfin se faire publiquement et la chambre représenterait nettement mieux les différents secteurs de l’opinion.

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(3) Commentaires

  • quinctius cincinnatus Répondre

    Voyez vous l’ important au moment de choisir, par le vote, un candidat c’ est de bien avoir cerné son caractère, sa personnalité, sa sincérité et pas seulement d’ avoir … ses  » idées  »
    Ainsi Eric Zemmour m’ est sympathique mais c’ est aussi un  » juvénile « 

    06/06/2022 à 13 h 54 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    la proportionnelle à deux tours ? un  » joyeux  » bordel !
    élection à UN TOUR le Parti qui arrive en tête est majoritaire à l’ A.N. les autres en proportion de leur nombre de voix
    et … des élections à mi-mandat pour renouveler la moitié de l’ A.N.

    31/05/2022 à 17 h 27 min
  • Rolland Répondre

    Démocratie dans la commune,
    Aristocratie dans la province,
    Monarchie dans l’Etat !
    (Le Play)

    31/05/2022 à 13 h 37 min

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