Revue de la presse de Pierre Menou N°3

Revue de la presse de Pierre Menou N°3

Chirac au tribunal, les doigts de pied en éventail

Lu dans Le Monde du 31 octobre : « La justice rattrape Jacques Chirac , protégé par son statut présidentiel de 1995 à 2002, alors qu’il n’a jamais été aussi populaire. A la mi-octobre, selon le palmarès politique Ifop pour Paris-Match, il réunissait encore 76 % d’opinions positives, comme en septembre, loin en tête. »

Le Figaro du 4 novembre relativise un peu ce jugement : au baromètre de la popularité des présidents de la Ve République, Chirac se classe en avant-dernière position, derrière François Mitterrand mais avant Valéry Giscard d’Estaing. 60 % des sondés pensent néanmoins qu’il a été un bon président de la République.

C’est un étrange phénomène que ce retour en grâce – on pourrait même dire à l’état de grâce – dont bénéficient nos chefs de l’Etat lorsqu’ils se retirent de l’arène politique. De Jacques Chirac, que retiennent les Français ? Pas grand chose de ses décisions politiques, à l’exception peut-être de celle qui a le plus flatté leur amour-propre, le défi lancé aux Etats-Unis lors de la crise irakienne. Par quel sortilège 76 % de nos compatriotes, s’il faut en croire la presse, éprouvent-ils aujourd’hui de la sympathie pour un politicien qui avait recueilli moins de 20 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2002, et pour lequel certains d’entre eux avaient voté au second tour avec une pince à linge sur le nez ? Les Français, ces grenouilles qui demandent un roi, regrettent-ils leur ancien président au regard du nouveau ? Ou sont-ils rassurés par l’apparence d’aimable grand-père que leur présente aujourd’hui l’auguste retraité ? Jacques Chirac, poursuit Le Monde, « est cependant parti assez serein, vendredi 23 octobre, pour son habituel séjour marocain à l’hôtel de la Gazelle d’or à Taroudant, en compagnie de son épouse Bernadette et de son petit-fils Martin. Avec un programme minimum : un peu de lecture et "doigts de pied en éventail". » On craint moins le lion lorsqu’il porte un dentier.

L’indépendance de la justice dans le collimateur

Plusieurs fois premier ministre, Président pendant douze ans, et comme tel l’un des principaux responsables du déclin français, Jacques Chirac n’a pas fini de nuire, même passivement, par l’image que donne de la France cet ancien chef de l’Etat cerné par les affaires. Xavière Simeoni, le magistrat qui l’a renvoyé devant le tribunal correctionnel pour « abus de confiance » et « détournements de fonds publics » dans l’affaire des chargés de mission de la ville de Paris, s’est prononcé à l’encontre des réquisitions du Parquet, qui concluaient à un non-lieu général. « Sa décision revêt une forte valeur symbolique au moment où l’on annonce la disparition du juge d’instruction, dans le cadre de la réforme de la justice », observe Le Monde.

L’un des principaux arguments des opposants à la suppression du juge d’instruction concernait précisément l’indépendance de la Justice, notamment à l’égard du pouvoir politique, puisque la réforme prévoit de confier les attributions de ce magistrat au procureur, placé sous l’autorité hiérarchique du Garde des Sceaux… Pour Libération du 31 octobre, la suppression du juge d’instruction se serait en l’occurrence traduite par un non-lieu pour Jacques Chirac, de même que pour Jean-Marie Messier, proche de Nicolas Sarkozy, dans l’affaire des fausses informations financières de Vivendi. « Ainsi apparaît, in vivo, la nocivité de la réforme de la procédure judiciaire prévue par le gouvernement Fillon, écrit Laurent Joffrin, éditorialiste de ce quotidien. En substituant, comme chef d’enquête, le procureur au juge d’instruction (…), elle met sous le contrôle de l’exécutif toutes les affaires un tant soit peu gênantes pour la classe dirigeante. Placé aux manettes, un procureur par nature dépendant du ministère de la Justice aurait étouffé sans cérémonie les affaires qu’on voit aujourd’hui émerger, à commencer par celle des emplois fictifs de la mairie de Paris. On doit craindre que ce soit le véritable objectif d’une réforme qui se pare des plumes de la modernité anglo-saxonne, et qui ferait régresser de plusieurs décennies la justice française. »

Reste que le juge d’instruction lui-même se livrait parfois avec les médias à un jeu dangereux, qui aboutissait trop souvent à présenter à l’opinion publique une mise en examen comme une condamnation anticipée, c’est-à-dire à confondre soupçon et culpabilité.

Quand Chirac fonçait tête baissé dans les pièges lepénistes…

Il faut bien admettre qu’en ce qui concerne Jacques Chirac, le soupçon mène assez rapidement à la culpabilité. C’est un champion du mensonge, toutes catégories. A en juger par les extraits qu’en publie la presse avant parution, ses mémoires constituent l’une des plus belles anthologies du bobard politique que l’on ait lues depuis longtemps. Témoin cet extrait publié par Le Parisien, censé expliquer la manière dont l’ancien président fut conduit un jour d’août 1987 à serrer la main de Jean-Marie Le Pen – horresco referens ! « Alors en vacances, en famille, au Cap d’Antibes, je rentre de la plage ce jour-là, en fin de matinée, quand je vois surgir devant moi un homme qui me tend la main avec beaucoup d’insistance, en me lançant un Bonjour, monsieur Chirac ! sonore et appuyé. Comme je marchais la tête un peu baissée, je n’ai d’abord pas reconnu celui dont j’étais en train de serrer la main. » Rappelons qu’il était à l’époque maire de Paris et premier ministre, ce ne l’empêchait apparemment pas de déambuler comme un simple touriste susceptible d’être abordé par n’importe qui – même Le Pen… Le mensonge fait partie des vices dont on dépouille malaisément. Tout de même, on aurait pu attendre, de la part de Jacques Chirac, un bobard un peu plus imaginatif : par exemple, il aurait pu raconter que, se promenant au bord d’un gouffre fréquenté par les spéléologues, il avait vu sortir d’un trou une main qu’il avait saisi dans un élan altruiste, avant de s’apercevoir – ô stupeur ! – que c’était celle de Le Pen… Ce n’aurait pas été plus crédible, et tellement plus original !

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Fillon existe toujours, les députés UMP l’ont rencontré !

Sur le blog Observatoire du Parlement, Jean Martin souligne le changement d’attitude de l’actuel premier ministre, François Fillon, qui vient de « tacler » à la fois Henri Guaino, principal conseiller de Nicolas Sarkozy, et Rama Yade, Sécrétaire d’Etat chargé des Sports, coupable d’avoir publiquement critiqué la position de son ministre de tutelle, Roselyne Bachelot, sur la suppression des avantages fiscaux aux sportifs de haut niveau. « Il faudra en tenir compte le moment venu », a déclaré François Fillon devant les députés UMP. « Le message est clair, Rama Yade ne fera certainement pas partie du prochain gouvernement Fillon », note Jean Martin. « C’est la première fois depuis le début du quinquennat que François Fillon prend des positions aussi fermes devant les députés, notamment envers les conseillers de l’Elysée .
Jusqu’ici, le Premier Ministre s’était contenté d’allusions pour contester leur place inaccoutumée dans le dispositif politique de la majorité. Il semblerait que François Fillon soit disposé à jouer de son ascendant sur la majorité parlementaire pour prendre toute la place qui revient à un Premier Ministre. L’histoire de la Ve République montre qu’un Président de la République apprécie rarement cette preuve d’indépendance de son Premier Ministre, ni de voir que ce dernier est plus populaire que lui auprès de ses parlementaires… » Toute la question consistera donc à savoir lequel, de Rama Yade ou de François Fillon, ne figurera pas dans le prochain gouvernement…

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Frédéric Mitterrand condamné au ministère de la culture

La presse a largement rapporté cette semaine les péripéties du procès de Francis Evrard, récidiviste condamné à cinq ans de prison pour l’enlèvement, le viol et la séquestration d’un enfant de cinq ans. France-Soir titre à la une sur le nouveau scandale pédophile : « 3 000 photos d’enfants dans l’ordinateur du général d’armée » : à 68 ans, le général Raymond Germanos, ancien chef de cabinet des ministres Charles Millon et Alain Richard, encourt deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour avoir téléchargé sur son ordinateur des vidéos pédo-pornographiques depuis un site autrichien.
Entre les agissements du violeur et ceux du voyeur, il existe au moins une différence de degré de gravité, sinon de nature. En revanche, je ne situe pas bien sur cette échelle les agissements de Frédéric Mitterrand, notre très honoré – sinon honorable – ministre de la Culture. Le fait de se rendre dans les bordels de Thaïlande pour s’y payer des « garçons », ou des « éphèbes », ou des « gosses », en profitant de la précarité de leur situation économique, me semble certes moralement moins répréhensible que l’enlèvement et le viol d’un gamin, mais plus grave que le téléchargement d’images. Entre trente ans et deux ans de prison, quelle est la peine que devrait mériter Frédéric Mitterrand ? Il semblerait qu’il ait pour l’instant été condamné à rester ministre de la Culture. Quelle sévérité !
Je ne saurais trop conseiller à nos lecteurs, pour finir, de consulter le dernier numéro du Choc du mois, qui reproduit une photo de notre ministre de la Culture (également publiée à la une d’un récent numéro de Minute). Boa noir et rouge à lèvres, on finirait par douter que le mot ministre soit du genre masculin.

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(2) Commentaires

  • Anonyme Répondre

    S’il y avait une timbale à décerner à l’homme qui dans les 50 dernières années a le plus nui à la France, Chirac la gagnerait, devant Mitterrand, lui-même devant Sarkozy, qui coifferait Giscard de justesse pour monter sur le podium. Après arriveraient les Martine Aubry, Henri Krasucki etc… Chirac, c’est le « regroupement familial », les « chômeurs les mieux payés du monde », l’arrivée de Mitterrand par trahison de Giscard, les mensonges ciselés, l’inertie totale quand tout va mal pour le pays, l’obsession fixe et monomaniaque de sa réélection à quelque chose, l’art d’être parfaitement contre-productif et le génie de la mauvaise décision Ce génie est mathématiquement démontrable et quantifiable en donnant un chiffre seulement : En 30 ans M. Chirac a pris des milliers de décisions, ayant souvent eu à trancher en dernier ressort. Il a bénéficié de dizaines de milliers de conseils éclairés de personnes plus ou moins proches, ministres, hauts fonctionnaires, parents, amis, visiteurs, etc., et, alors qu’il n’avait dans chaque cas qu’un nombre très limité d’options, en général 2, donc seulement 50 pour 100 de chances de choisir la mauvaise, JAMAIS une SEULE fois (à ma connaissance) il n’a fait le bon choix. Il a toujours pris la MAUVAISE, ainsi que le démontre le recul du temps. N’est-ce pas miraculeux? Limitons-nous à une décision par semaine sur seulement 30 ans soit 52 x 30=1560 décisions. Les chances de se tromper 1560 fois de suite sont représentées par la fraction 1/2 élevée à la puissance 1560. La petitesse de ce chiffre dépasse la capacité de représentation d’un astrophysicien. Se tromper ainsi confine au miracle. Et bien Chirac l’a fait. Pour donner une idée, il est bien plus probable qu’un joueur gagne 2 fois dans sa vie, au moins 100 millions d’Euros au loto de la Française Des Jeux . Défier ainsi les lois de la statistique, mettre en échec Pascal, Laplace, Gauss, Poisson, grands et géants de l’histoire des mathématiques et de la pensée, n’est pas donné au premier venu. Chapeau bas, tout le monde.

    09/11/2009 à 22 h 39 min
  • Ank Holler Répondre

    Meme s’il s’en montré très habile et prétend maintenant qu’il n’existait pas d’emplois fictifs a l’origine desquels il était, la justice a sans doute les moyens de trouver la vérité et de le condamner, ne serait ce que pour le principe. Ce "mea culpeur" permanent a bien mal servi la France et il n’est pas étonnant qu’il ait tellement admiré Mitterand qu"il écrive "salut l’artiste". Les faignasses et les fumistes se reconnaissent et ne font que semblant de se combattre.  Chirac a voulu se donner l’image de quelqu’un "qui en avait". Pourtant, dans son duel verbal avec MItterand, quand ce menteur affirmait que "les yeux, dans les yeux, etc…" Chirac n’a pas eu le courage de lui répondre devant tous "alors, vous etes un menteur". S’il l’avait fait, là il aurait été courageux. Pas étonnant non plus qu’une bonne partie de la gauche le voit d’un bon oeil : ce type n’a jamais été qu’un faux nez . Quand vous avez vendu l’Humanité, il en reste toujours quelque chose.

    06/11/2009 à 18 h 23 min

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