Sarkozy et les syndicats : vers une confrontation

Posté le mai 30, 2007, 12:00
8 mins

L’élection de Nicolas Sarkozy referme la parenthèse ouverte en mai 68. Le plus à gauche des hommes de droite, Jacques Chirac, ne fut, en somme, que le modeste continuateur du plus à droite des hommes de gauche, François Mitterrand.

L’univers des références de Nicolas Sarkozy diverge de celui de ses deux prédécesseurs. D’instinct, il est libéral, viscéralement attaché à l’initiative, au travail et à la responsabilité, conscient de l’importance de l’économie et de la nécessité de réaffirmer l’autorité de l’État dans ses missions fondamentales. Il souhaite faire de la France une démocratie moderne, réactive, prospère, tournée vers l’avenir, qui offre autre chose à ses jeunes les moins favorisés que le chômage et des mots et qui exporte des biens et des services plutôt que ses citoyens fortunés et ses jeunes entrepreneurs.

L’objectif est réaliste. Il nécessite des réformes de bon sens dans le domaine de l’éducation et de la fonction publique, de la représentativité syndicale, de la fiscalité, des retraites et, surtout, de l’assouplissement du droit du travail.

Reste l’obstacle. Victime de ce que Pascal Bruckner appelle son « surmoi gauchisant », une partie de la gauche française n’est pas disposée à accepter ces réformes, et le fait régulièrement savoir, depuis vingt-cinq ans, dans les urnes ou dans la rue, sous la bannière syndicale. La seule pédagogie gouvernementale, couplée aux vacances d’été ne suffira pas à convaincre les syndicats de la nécessité des réformes. Quand les syndicats « mettent en garde » le président nouvellement élu contre toute velléité de « passage en force » – curieuse démocratie où le président élu par 53 % des Français est aussitôt rappelé à l’ordre par des organisations qui représentent 8 % des Français – il faut comprendre qu’ils s’opposeront à certaines réformes, par tous les moyens, y compris cette violence qui est, en France, un mode d’expression syndical.

C’est qu’à l’instar de leurs cousins britanniques et américains au début des années quatre-vingt, les syndicats français (et leurs relais trotskistes, altermondialistes, etc.) n’admettent pas que dans une démocratie où règne le droit, en cas de désaccord persistant entre les institutions de la République et la « rue », ce soient les institutions de la République qui ont le dernier mot, ni que la grève n’est un droit qu’aussi longtemps qu’il s’exerce dans le respect de la loi, des prérogatives de la puissance publique et des droits fondamentaux (de travailler, de circuler) d’autrui. Il n’y a qu’en France que le concept de « grève légale » passe pour une contradiction dans les termes.

Margaret Thatcher raconte dans ses Mémoires : « De 1972 à 1985, la traditionnelle sagesse voulut que la Grande-Bretagne ne pût être gouvernée sans le consentement des syndicats. Aucun gouvernement ne pouvait vraiment résister à une grande grève, (…) et encore moins la faire échouer. (…) Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux activistes. Ce que cette défaite établit fut qu’il n’était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la Grande-Bretagne un pays ingouvernable. »

Lorsqu’en septembre 2005, nous avons publié, dans « Les Échos », une tribune intitulée « L’inéluctable moment Thatcher-Reagan des démocraties européennes », pour dire la nécessité de ramener les contestations syndicales dans les limites de la légalité, au besoin par le recours à la force publique, nous reçûmes un abondant courrier nous expliquant (en résumé) que les méthodes reagano-thatchériennes, certes adéquates aux brutes anglo-saxonnes, ne pourraient jamais être appliquées à un peuple aussi à la pointe des raffinements de la vraie civilisation démocratique que le peuple français.

Cent mille voitures brûlées plus tard, l’activisme anti-gouvernemental des syndicats a trouvé un renfort de poids dans l’agitation des banlieues (cfr. les manifestations anti-CPE, mêlant étudiants « syndiqués », syndicats d’enseignants et jeunes des banlieues), la chienlit menace et l’alternative paraît désormais entre Thatcher la légaliste et Gallifet le sanguinaire de la Commune. Seul le premier choix de l’alternative nous préservera du second.

La confrontation entre l’administration Sarkozy et les syndicats aura bien lieu. Qu’il cède, et M. Sarkozy ne sera, au bilan, qu’un autre Chirac. Qu’il maintienne, et il entrera tout droit au Panthéon des hommes d’État.
Et la France sera sauvée

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12 réponses à l'article : Sarkozy et les syndicats : vers une confrontation

  1. SAS

    5 juin 2007

    a JAURES……..les militants syndicaux de   "gauche"….. seraient plus enclin à la S O L I D A R I T E

    Il vaut mieux être sourd que d’écouter de tels inepsies…….les faits journaliers nous prouvent le contraire

    Corporatisme,petis avantages honteusement mal acquits,plutot moi que les autres,si moi j’ai pas les autres n’auront rien….etc,etc voici la triste motivation de ces traitres à l’economie,aux travailleurs et à la nation…..initié et roulant en sous marin pour les capitaines d’industrie, répondant aux plans et injonctions mafieuses des réseaux maçonniques pour d’obscurs calculs…..mais en prennant soin de toujours spoilier les intérêts du plus grand nombre pour des privilèges sordides aux encartés…..et assurément assez con pour ne pas s’apercevoir de la stupide manipulation……..quand au fait d’être antidémocratique et contraire aux choix volontaire des salariés…….je ne dis mot

    En clair le syndicalisme à la française est contre nature, secret, despotique,antidémocratique, non constructif……..un nid à branleurs et subversif ( il n’y a qu’à regarder la constance des tronches de cons des représentants…c’est symptômatique….)c’est donc seulement une force subversive vennant de la rue , etant auto constitués,sans légitimité et influent le cours des institutions de manière violente et arbitraire.

    En clair une invention diabolique des méchants….la loi n’étant pas faite pour ceux là…mais que pour ceux qui la respecte…..les cons, les goyims, les non encartés…

    sas

    NB) donc t’es gentil,tu ne nous explique pas qui et quoi sont les syndicalistes…

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  2. jacques

    5 juin 2007

    " Les militants syndicaux, et plus généralement de gauche, sont bien plus enclins que les autres à la solidarité"

    Euh? Vous rigolez?
    Les opérations musclées, les intimidations, les grèves illégales, les interférences dans le processus démocratique, et les interruptions ad nauseam des services communs de transport, c’est votre définition de "solidarité" ?

    Lorsque Thibault donnera toute sa fortune à des oeuvres de charité comme Buffett (parmi les plus riches de la planète_, alors oui, on pourra vous croire. En attendant tout ce qu’on voit du syndicalisme français c’est la prise en otage des honnêtes citoyens par l’obtention et l’usage de monopoles, puis leur exploitation éhontée, enfin la redistribution du butun entre dirigeants syndicaux et quelques miettes à ceux qui en ont vraiment besoin (pour mettre la poudre aux yeux aux pauvres naïfs que ne sont pas capable de comprendre le stratagème). Pas grand chose de démocratique ou de solidaire là-dedans. Ca ressemble plutôt à une dictature qu’à tout autre chose.

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  3. Jaures

    4 juin 2007

    A Jacques: Les militants syndicaux, et plus généralement de gauche, sont bien plus enclins que les autres à la solidarité: dans les associations caritatives, celles de parents d’élèves ou socio-éducatives des quartiers populaires, ce sont eux que l’on retrouve, pas les UMP ou autres bourgeois. Dire que le 1% de l’EDF va à la CGT et non aux salariés revient à dire que les cotisations vont à la sécu et non aux malades: allez visiter les centres de vacances, les bibliothèques ou autres services dont profitent les salariés EDF. Au lieu de le leur supprimer, il vaudrait mieux réfléchir à étendre ces droits aux autres travailleurs. Mais il est vrai que l’air du temps est plus à monter les salariés les uns contre les autres. Pendant ce temps, dans les salons lustrés, les yachts et les soirées mondaines, on se marre!

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  4. jacques

    4 juin 2007

    Pour Jaures:
    "Si au moins nous étions sur que la suppression du CE de l’EDF profiterait aux déshérités."
    Oserais-je croire que vous avez enfin vu la lumière? Que vous accepteriez que le 1% de la CGT aient à ceux qui en ont besoins? Champagne!

    "que la solidarité nationale  participe au finacement, et non seulement les salariés de l’EDF"
    Ah… toujours cette mauvaise foi que reviens dès qu’on pensait que vous aviez fait un geste en avant dans la générosité et la solidarité!
    Je vous rappelle que le 1% va à la CGT… PAS aux salariés…

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  5. Jaures

    2 juin 2007

    A Jacques, si notre webmaster à temps partiel laisse passer enfin ce message: Cher ami, je me réjouie de vous voir enfin compatissant avec les pauvres. Evidemment, il ne faut pas trop vous en demander, c’est d’abord aux salariés que vous demandez d’exercer leur solidarité. Si au moins nous étions sur que la suppression du CE de l’EDF profiterait aux déshérités. Le problème est que jamais la mise en cause d’un avantage acquis par des salariés ne s’est traduite par de nouveaux pour d’autres. Si vous souhaitez vraiment que les plus pauvres bénéficient d’une électricité moins chère, il faut demander qu’ils soient, par exemple, exemptés de l’abonnement, qui représente parfois plus de la moitié de la facture et que la solidarité nationale  participe au finacement, et non seulement les salariés de l’EDF qui ne possèdent, pour l’essentiel, ni yacht, ni jet privé. Vous ètes prompt à aider ceux qui sont dans le besoin, mais plus encore à protéger ceux qui n’ont besoin de rien..

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  6. Anonyme

    1 juin 2007

    Bravo MATRIX, je n’aurai pas dit mieux !

    Mais je rajoute que si l’Etat cessait de subventionner les syndicats, ceux-ci feraient moins les malins.  Vu l’oppulence de certains dirigeants, notamment FO, on peut se poser des questions. Il ne devraint normalement être financés que par leurs cotisations, comme ailleurs en Europe.  Et de plus, il faudrait obliger les votes à bulletin secret pour éviter les pressions évidentes d’intimidation virtuelle des salariés car le vote à main levée, c’est de la démocratie à la Pol Pot.

    J’approuve aussi ce qu’à dit OZONE.  On remarquera que le fils de bourgeois qu’est Besancenot (comme ce poivrot de chanteur Renaud) a déclaré : "Il faut combattre la droite dans la rue et dans les urnes", ce qui revient à un appel flagrant à l’insurrection.  Et quand l’élection de Sarko a été célébrée avec 1000 voitures brûlées, on a jamais entendu Besancenot appeler au calme.  Ce petit mec, c’est un apprenti assassin.

    Je connais un patient qui m’a parlé d’une boîte à Marseille (ONATRA) rachetée par des Américains.  C’était le boxon depuis des années qui la coulait, organisé par les syndicats.  Les Américains ont scindé la boîte en 5 secteurs.  Mais il s’avéra que c’était une boîte de transports US, appuyée par les fameux syndicats US. Le responsable CGT a déclaré qu’il organiserait la grève pour protester.  Quand il est rentré chez lui le soir, il a trouvé sa femme en pleurs dans sa maison dévastée comme par une armée de gorilles.  Le lendemain, il a abandonné l’idée de grève.  Depuis, la boite marche bien.

    Et enfin, j’approuve aussi JACQUES.  Je dirais pour le PS que quand on est à ce point enfoiré, on mérite la défaite.  Ces gens là se foutent complètement de l’état de la Nation.  On l’a vu avec la saga Mitterrand, et c’est de ça que se souviennent aussi les Français.  On dirait que ces derniers se réveillent, d’ailleurs.

     

     

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  7. jacques

    31 mai 2007

    Pour Jaures

    Toujour aussi ignorant des son pays (et c’est encore pire pour les autres pays)

    Petit rappel pour l’ami Jaurès:

    1)  la CGT reçois 1% du CHIFFRE D’AFFAIRE de EDF !!!
    2) le résidentiel représente 2/3 de la consommation d’électricité en France
    3) les ménages représentant les 5% les plus pauvres en France sont en situation financière très difficile mais cela ne semble nullement émouvoir le syndicaliste Jaurès.

    Parce que si Jaurès s’occupait vraiment des gens qui sont dans le besoin, il ferait ce qui tombe sous le sens (comme dans les pays libéraux ..), il cesserait cette distribution ignomieuse à la CGT  et la redistribuerait aux familles dans le besoin. Ainsi ce 1% diminuerait la facture d’électricité des 5% les plus pauvres de 30% !  ((1% / (2/3)) / 5% = 30%)

    Cela peut paraître peu pour Jaurès, mais croyez-moi c’est beaucoup lorsqu’on est dans le besoin.

    C’est pour cela que le parti socialiste mérite sa déroute. Quand on à ce point égoiste, on mérite la défaite.

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  8. bill

    31 mai 2007

    Quand les syndicats « mettent en garde » le président nouvellement élu contre toute velléité de « passage en force »

    je pense que vous utilisez le mot velleité à contre sens ….
    Velleité veut dire : volonté  hesitante et pas comme je le comprends  dans votre phrase  desir affirmé.

    merci

    Bill

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  9. ozone

    30 mai 2007

    "Cent mille voitures brûlées plus tard, l’activisme anti-gouvernemental des syndicats a trouvé un renfort de poids dans l’agitation des banlieues (cfr. les manifestations anti-CPE, mêlant étudiants « syndiqués », syndicats d’enseignants et jeunes des banlieues), "

    Et les gros bras CGT pour faire le menage contre les casseurs de blancs des banlieues?

    ça va ensemble?

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  10. Matrix

    30 mai 2007

    Tout a fait d’accord avec cette analyse. J’ajouterais que l’utilisation de l’intimidation parmis les syndiques est une des tactiques bien connues des syndicats de gauche. Le vote a main levee en est un parfait exemple. Il est scandaleux et incite les grandes gueules a decider pour tous les autres. Ces derniers sont de petits dictateurs en puissance. Il serait temps qu’en France nous ayons plus de syndicats vraiment representatifs des travailleurs et non politises… donc plus efficaces. L’attitude de l’ultra-gauche est une attitude primitive et totalement en marge de la societe d’aujourd’hui. Pourrons-nous un jour en France negocier en toute civilite ? Avec un peu d’intelligence cela devrait pouvoir etre possible.

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  11. Jaures

    30 mai 2007

    Ah! Cette confrontation avec les syndicats! Comme on la souhaite sur ce site! Peu importe les dégàts, les conséquences, du moment qu’on ait la guerre! Mais pourquoi donc tant d’acharnement si les syndicats ne représentent que 8% des salariés ? Parceque ce chiffre est un leurre. Sarkozy n’a pas été élu par 53% de militants UMP. Les 8% correspondent aux militants syndicaux. 50% des salariés du privé et 80% du public participent aux élections professionnelles malgré les pressions exercées dans les petites et moyennes entreprises. Qu’une majorité élise un président ne donne pas au nouvel élu le droit de s’en prendre à ceux des minorités. Quand la gauche a remis timidement en cause l’école privée, elle a tenu compte des manifestations contre lesquelles elle n’a pas fait donné la troupe. Si demain les syndicats se battent pour défendre les droits des travailleurs, les droits de manifestation et de grève devront être respectés. Souvenez-vous que, bien souvent, les mouvements syndicaux, d’abord impopulaires, sont très vite soutenus ensuite par la population. Souhaiter, susciter ainsi une guerre civile a quelque chose de pervers et d’irresponsable.

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  12. EIFF

    30 mai 2007

    La "vague" sarkoziste ne sera qu’un effet psychologique stérile et contre-productif tant que le gouvernement n’aura pas décidé de briser les monopoles de la sécurité sociale et des syndicats rouges qui s’octroient des pouvoirs illégitimes contre la liberté populaire, tant que la préférence nationale ne sera pas rétablit pleinement, tant que la fonction publique continuera à ponctionner abusivement l’ensemble des actifs et des entreprises et à réduire en esclavage le reste de la population, tant que la liberté de la presse et d’expression sera sous le contrôle des censeurs trotskistes et les journaux financés par l’Etat. Les premiers pas de Monsieur Sarkozy semblent faire penser qu’il manque profondémment de confiance en ses capacités de réformer en profondeur le pays, préférant adopter toutes les méthodes, tous les prêt-à-penser, toutes les recettes que nous infligent à longueur de journée les socialistes sûrs d’eux-mêmes et dominateurs.

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