Sur la candidature de Lionel Jospin

Sur la candidature de Lionel Jospin

Au parti socialiste, les amis de Lionel Jospin, comme d’ailleurs ceux qui le sont moins, évoquent facilement « la dimension morale » de l’ancien Premier ministre. Lui-même, conformément à l’image qu’il s’est taillée, prend souvent une posture « morale ». Sans doute est-elle constitutive de sa personnalité. Son éducation protestante… Sa formation à la fois technocratique et trotskyste… C’est d’ailleurs sans doute cet aspect de sa personnalité qui, à la fin des tristes et nauséabondes années Mitterrand, fit qu’il sût apparaître, dès 1994, au bénéfice de son parti, comme un recours politique crédible.

En 2002, quand il arrive troisième au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril, c’est seul et naturellement qu’il décide de tirer immédiatement toutes les conséquences de son échec et d’annoncer qu’il mettait un terme à sa vie politique. Décision que comprirent fort bien les Français, les seules personnes y trouvant à redire se situant finalement dans la caste des politiciens, en particulier ceux pour lesquels il n’était évidemment pas question de s’appliquer jamais une telle règle.

Mais, puisqu’en France, contrairement à toutes les autres démocraties occidentales, un homme politique peut toujours prétendre ou espérer revenir au pouvoir, voilà que le désir de puissance progressivement taraude le vaincu de 2002. Il a envie, vulgairement, de prendre sa revanche. C’est ce qu’il vient de dire, en clair, dans sa longue et ennuyeuse tribune libre publiée dans le journal « Le Monde » daté du mercredi 28 juin.

Ce grand démocrate évoque à cette occasion un rendez-vous qui, ce jour-là, aurait été « manqué avec le peuple ». Il n’en dit pas plus, laissant à ses lecteurs le soin de deviner que, dans l’esprit de l’intéressé, l’élimination dès le premier tour du candidat de la gauche plurielle, et, de ce fait, la confrontation au deuxième tour des deux principaux représentants de la droite, était parfaitement scandaleuse, voire anti-démocratique. Que ne propose-t-il pas dans ces conditions une modification des règles qui président à cette élection et en particulier à la sélection automatique au deuxième tour des deux candidats arrivés en tête ? Beaucoup de ses « amis » évoquent une « vie République ». Ce serait donc le moment pour Lionel Jospin de faire quelques propositions…

La vérité qui crève les yeux de tout observateur objectif est que le scandale démocratique n’est pas là où le dit l’ancien Premier ministre mais, bien davantage, dans le simple fait que le parti du candidat arrivé en deuxième position le 22 avril 2002 n’ait aucun représentant élu à l’Assemblée Nationale, comme il n’en a d’ailleurs aucun – en tout cas durablement – depuis 1988. Et le scandale des scandales n’est pas tant finalement dans cette situation, dont on pourrait considérer qu’elle résulte de règles « supérieures » (?) mais plutôt dans le fait que personne ne semble s’en indigner. Au point que les dirigeants du Front National sont souvent eux-mêmes soupçonnés d’accepter voire même de se satisfaire de cet état. Ce que personnellement je ne pense pas : ils font « avec », par réalisme, et aussi parce que leur leader, Jean-Marie Le Pen, avec ses cinquante années d’expérience politique, est plutôt un modèle de légalisme républicain qu’un exemple de factieux, même si ses adversaires n’ont jamais cessé d’ainsi le qualifier.

Nos enfants et nos petits-enfants, quand ils étudieront l’histoire politique contemporaine de la France, auront plusieurs autres sujets de grand étonnement.

Le comportement de Jacques Chirac ne sera pas le moindre. Le lundi 26 juin, en direct, dans le journal de 20 heures de France 2, il ose déclarer qu’il se garde de répondre avant la fin du premier trimestre 2007 sur le point de savoir s’il sera, ou non, candidat à la prochaine élection présidentielle. Peut-être, y a-t-il dans ce propos un peu de facétie. Mais aucun de ceux qui connaissent le Président de la République, n’excluent qu’il puisse encore y croire, par exemple au cas où la situation internationale, actuellement objectivement très préoccupante, se dégraderait au point qu’un nouveau conflit mondial serait en perspective.

Certes, Jacques Chirac, à l’inverse de Lionel Jospin, n’a jamais dit qu’il abandonnerait jamais la vie politique, dans laquelle il baigne depuis plus de quarante ans. Pourtant, après deux mandats dont on ne peut pas dire qu’ils furent très bénéfiques pour la France, la retraite de l’intéressé semblait aller de soi…

La morale en politique est certainement antinomique des « carrières » qui, chez nous, caractérisent notre vie publique.

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(11) Commentaires

  • Jérôme Répondre

    A Karim: les socialistes sont-ils au courant qu’il n’y a plus de sécurité dans le pays? Car d’après ce que l’on voit, il n’y a rien pour aranger la situation dans votre programme! Le parti socialiste n’a RIEN a faire au pouvoir! Son programme ne ferait qu’assurer la mort du pays! Et votre candidat, j’avoue qu’il représenterai bien votre parti, son attitude vous illustrant au plus haut point: menteur, assoiffé de pouvoir, pathétique, refusant la vérité, et du social, du social et encore du social!

    11/07/2006 à 23 h 40 min
  • Karim AOU Répondre

    Lionel Jospin doit être candidat Depuis la parution de la tribune de Lionel Jospin intitulée « Mai 2007, quatre enjeux majeurs », les commentaires sibyllins et hostiles se multiplient dans le microcosme politique français à propos de son éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle. Est-ce pour autant que le retour de l’ancien Premier ministre n’est ni souhaité, ni souhaitable par et pour les Français ? La mobilisation populaire, à l’occasion du référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, a démontré l’importance du fossé qui sépare les aspirations du peuple de Gauche et les intentions de ses élites politiques. Les prétendants à l’investiture socialiste et leurs supporters, si prompts à disserter sur le retour de l’ancien leader de la Gauche Plurielle, peuvent-ils s’ériger à la fois en libres commentateurs, juges impartiaux et parties prenantes d’un processus de désignation qui n’est pas encore ouvert ? Est-ce à ces derniers, au président de l’UMP, candidat néo-conservateur à la rupture avec le modèle social français, aux sondages ou aux médias qu’il appartient de décider qui devra porter le projet socialiste et les aspirations de toutes les victimes de la politique ultra-libérale, réactionnaire et liberticide menée par la droite depuis 2002, à l’occasion des élections du printemps prochain ? Certainement pas, les militants socialistes seront les seuls maîtres de la décision et leur choix engagera tout le Parti Socialiste. Si l’on se fie aux nombreuses personnalités rêvant de briguer la fonction élyséenne, la famille socialiste constitue incontestablement un vivier riche de talents. La candidature de Lionel Jospin doit-elle y être considérée comme une simple candidature de plus ou porte-elle l’espoir du véritable rassemblement des socialistes ? Ses propos de ces derniers jours montrent qu’il souhaite recentrer la campagne présidentielle sur le fond, en insistant sur les problèmes causés par la crise sociale, économique et démocratique que subit notre pays. Il pose la nécessité de clarifier les propositions auxquelles le candidat du PS devra s’identifier, tout en louant le contenu du projet socialiste qui, plus qu’un socle, constitue pour lui la boussole qui guidera la Gauche vers les victoires de 2007. Sur les priorités esquissées dans Le Monde que sont l’Emploi, le pacte républicain, le rôle de la France en Europe et dans le monde, ainsi que le progrès scientifique et technique, Lionel Jospin trace des perspectives. Il nous montre le chemin vers « une France républicaine et non communautaire, indépendante et non-atlantiste, keynésienne et pensant à partager les fruits du travail économique », vers une France d’avenir et de progrès, telle qu’il l’a envisagée au journal télévisé de TF1. Certaines voix plutôt partisanes voudraient cantonner Lionel Jospin à un rôle d’autorité morale, l’emprisonner dans le serment (indépassable ?) de son retrait de la vie politique, le contenir dans une image d’homme du passé. Pour ce qui est du passé, il possède aujourd’hui l’atout des leçons qu’il a tirées des deux dernières campagnes présidentielles et il a la légitimité du travail accompli par le gouvernement qu’on qualifiait alors de « plus à Gauche d’Europe ». Mais Lionel Jospin est surtout le seul responsable politique à faire abstraction des questions de personne pour privilégier les idées et se focaliser sur les enjeux fondamentaux, à l’heure où les autres aspirants se complaisent dans une pré-campagne aux allures « people » et aux faux-débats populistes. Si la Gauche espère incarner l’alternative, il lui faudra donner du sens à son programme, dépasser le carcan des polémiques convenues, rénover ses pratiques et se rassembler. Remplir ces préalables ne sera pas chose aisée et peu de gens ont la légitimité, l’expérience et la capacité, en un mot la stature, pour y parvenir. A trois mois de la primaire socialiste et à dix mois du scrutin présidentiel, il est temps d’apporter une réponse définitive à une « question ouverte » dans l’intérêt du pays et nos concitoyens, Lionel Jospin doit être candidat. Karim AOU Conseiller municipal socialiste de Villeurbanne

    11/07/2006 à 16 h 43 min
  • Guillermo Répondre

    Dans un sens, Jospin ressemble à Giscard. Il pense naivement que les Français ont manqué le RDV de l’histoire avec lui et n’a de cesse d’essayer de remettre les pendules à l’heure. Pour se « venger » du destin et de ces Français si ingrats Giscard avait en vue son petit job tout trouvé : il révait d’être le premier pecno-techno-président à la tête de l’Union Européenne. Celà l’a tenu en haleine jusqu’au fameux NON à sa constitution de 400 pages. Jospin lui n’a pas autant d’imagination. Il se contenterait bien de la Présidence. D’abord c’est une suite de carrière normale pour celui qui fut 1er ministre (le résultat de son action étant bien évidemment totalement hors de propos). Ensuite il fait mettre en avant sa . C’est là une caractéristique extraordinaire chez les socialistes pour qui l’extrème lâcheté tient lieu de . Et dans cette échelle de valeur il est vrai que Jospin atteint des sommets. Entre autres exemples, plus divers que variés, quand il était ministre de l’éducation nationale, une compagnie de CRS est restée 3 heures à se faire « lapider » par des éléments dits « incontrolés » sans avoir le droit de bouger. Plusieurs hommes de cette compagnie ont été gravement blessés. Quand il était premier ministre, on n’arrêtait pas les commissions pour la sécurité routières, tout ça pour ne pas arreter les chauffards. On a meme eu l’idée de mettre des handicapés au bord des routes pour sermoner les chauffards. Un peu de sévérité accrue aurait sauvé des milliers de vies, comme l’a montré Sarkozy, meme s’il ne l’a pas fait toujours intelligemment. Il a été débile au point de nommer Guigou, ministre de la justice. Lorsque Chévènement, qui avait un zeste de bon sens, criait à l’angélisme, il prenait toujours parti pour la défense du délinquant pronée par Guigou, laquelle n’a jamais eu l’idée de proposer quoi que ce soit pour protéger ou indemniser les victimes. A coté de celà dans les commissariats, les flics lors d’une garde à vue, doivent noter des centaines de renseignements garants pour le prévenu : l’heure de ses repas, l’heure à laquelle on a prévenu son patron etc etc … Ne parlons pas non plus des marches silencieuses largement cautionnées par ces memes politiques. Que dans une cave 10 petites ordures violentent une fillette de 13 ans, menace sa famille de mort etc : marche silencieuse, socialos à la tete suivi de commission de réflexion argumentés par les pubs « La violence, l’important c’est d’en parler !!! ». Oui Jospin est véritablement le maitre à penser de certains dynosores socialistes. Même mort le fantome ressurgira pendant un bon moment.

    10/07/2006 à 14 h 16 min
  • daban Répondre

    pendant que nous continuons a dégoiser sur des politiciens qui devraient être déjà rentrés chez eux car ils n’ont aucune vision et aucune connaissances de ce qui se passe à l’étranger, ni chez les 3 milliards d’asiatiques qui veulent en découdre avec l’occident ECONOMIQUE,( Quelle caméra japonaise avez-vous acheté aujourd’hui qui n’est pas produite en Thailand !!!???)et bientôt copiée par les Chinois? ni en Afrique ou les USA se bagarrent avec les Chinois ( encore eux)et font tous les mamours possible à l’Islam africain ( Pétrole oblige ) la France ronronne comme mon vieux matou qui n’a plus envie de chasser les souries… Jospin sera démoli et Sarkosy aussi … N’ont ils pas piloté la France en la coulant ? Nous avons un capitaine aidons-le !

    08/07/2006 à 5 h 30 min
  • Baudouin de Constantinople Répondre

    Monsieur Dumait, je veux saluer ici votre lucidité rarissime au niveau des médias français et de tout ce qui s’ecrit dans le domaine politique. En me laissant aller à rêver, j’imagine votre article affiché en guise de réflexion préalable dans tous les bureaux de vote en France ! Cela en ferait des bulletins en moins pour le socialo-communisme de Jospin à Chirac ! ! cordialement

    07/07/2006 à 15 h 13 min
  • R. Ed. Répondre

    Et pourquoi pas une présidente, Marine Le Pen par exemple ?(sutout pas l’Aubry) Elle appliquerait les idées de son père sans en porter les inconvénients, n’étant pas encore née dans la France occupée (par les Allemands, à l’époque). Quoique, d’aucuns oseraient lui refaire la fable de « Le loup et l’agneau » Si ce n’est toi, c’est donc ton «  » »père » » » …

    07/07/2006 à 11 h 36 min
  • EIFF Répondre

    Les francais ont bien su se débarasser de Jospin, ils réussiront à se passer de Chirac, et même avant 2007 s il le faut. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleurs, et ces deux-là ne font plus rire grand monde. Le Pen 2007.

    06/07/2006 à 22 h 47 min
  • Tucroy Répondre

    … »Au point que les dirigeants du Front National sont souvent eux-mêmes soupçonnés d’accepter voire même de se satisfaire de cet état. Ce que personnellement je ne pense pas : ils font « avec », par réalisme, et aussi parce que leur leader, Jean-Marie Le Pen, avec ses cinquante années d’expérience politique, est plutôt un modèle de légalisme républicain qu’un exemple de factieux, même si ses adversaires n’ont jamais cessé d’ainsi le qualifier. Nos enfants et nos petits-enfants, quand ils étudieront l’histoire politique contemporaine de la France, auront plusieurs autres sujets de grand étonnement. » Il eut été bon de préciser les dates entre lesquelles s’inscrit l’histoire politique contemporaine à laquelle pense l’auteur, ne serait-ce que pour ôter à son propos un certain fumet négationiste.

    06/07/2006 à 16 h 29 min
  • mourguy Répondre

    bjr je suis candidat au 1er tour 2007 http://www.droitegauche.org ou http://www.democratiedirecte.net je rejoins votre analyse, mr jospin pense toujours que c’est les français qui sont des excusez moi l’expression …des c.ns de pas l’avoir élu… pour le -pen je suis pour la proportionnelle. et il y a bayrou qui reprends toutes nos idées depuis 4 ans.. nous proposons droite ET gauche ensemble depuis 2003 bayrou parlait toujours de NI droite NI gauche depuis quelques semaines il a bien changé.. c’est le seul des politiques connus qui refuse de rencontrer les petits candidats comme nous..a vous de déduire sa citoyenneté… bien cordialement alain mourguy président union droite – gauche candidat 1er tour 2007

    06/07/2006 à 6 h 41 min
  • Jérôme Répondre

    L’agissement de Jospin est tout à l’image du parti socialiste: menteur, pathétique, et assoiffé de pouvoir!

    05/07/2006 à 14 h 37 min
  • sas Répondre

    Comme tous nos politiciens de « paroles »….cela prouve simplement le taux de confiance que l’on peut porter à un jospin…. »la soupe est tellement bonne » avec un mot d’ordre permanent depuis les trentes dernières: incompétences et irresponsabilité… …donc il revient… sas qui se marre devant ce tableau pitoyable….ave un tel comportement, on sait de quel bois « énarquien « il est fait.

    05/07/2006 à 13 h 16 min

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