Un budget où rien ne décoiffe

Un budget où rien ne décoiffe

Pour Nicolas Sarkozy, la présentation du projet de budget de l’État pour 2005, le mercredi 22 septembre, devant quelque 300 journalistes et autant de photographes ou de cameramen, était avant tout un exercice de communication. Son épouse Cécilia se tenait d’ailleurs à l’entrée de l’amphithéâtre et fit la bise à la moitié environ des participants… Le show fut parfaitement réussi et l’admiration des représentants des médias pour le talent du ministre augmenta encore d’un cran.
Sur le fond, la thèse officielle essentielle est que le budget pour l’année prochaine ne pouvait être ni meilleur ni différent. Nicolas Sarkosy a lui-même évoqué les contraintes « européenne, monétaire, économique, financière »… En vérité, pour réelles qu’elles soient, ces contraintes sont plutôt des limites, des garde-fous, et ne jouent que dans un sens, celui de la limitation du laxisme qui est la tentation permanente des pouvoirs publics français.
La « contrainte européenne », en effet, limite le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut. Il interdit de faire plus. Mais rien n’empêche un gouvernement de faire mieux, en réduisant les dépenses publiques, en équilibrant ses comptes, en commençant à rembourser la dette. C’est d’ailleurs ce que fait plus de la moitié des pays de l’Union européenne…
La « contrainte monétaire », c’est-à-dire les règles résultant de l’euro, renforce la précédente. En l’évoquant, fait-on allusion au niveau des taux d’intérêt ? Les taux directeurs de la banque centrale européenne sont en effet deux fois supérieurs à ceux de la Federal Reserve américaine. Non pas parce que les risques d’inflation sont plus élevés en Europe qu’en France, mais plutôt parce qu’il y a, dans la zone Euro, des pays comme la France et l’Allemagne dont la gestion des finances publiques oblige l’institut d’émission à maintenir une politique restrictive…
La « contrainte économique », ou « financière », fait sans doute allusion au fait que la croissance économique, dont dépend tout surcroît de recettes fiscales, est à la fois faiblarde et incertaine. Mais là encore il ne s’agit pas d’une contrainte qui nous est imposée par l’extérieur – le « parti de l’étranger », en somme – mais évidemment par nous-mêmes, la preuve étant assénée chaque jour par notre voisin britannique dont les performances en matière d’emploi et de croissance sont deux fois supérieures aux nôtres. Parce que la création de nouvelles entreprises est là-bas clairement encouragée.
Ce qui frappe dans ce budget pour 2005, ce n’est pas tant les « contraintes » invoquées, que l’absence totale d’audace.
Pour réduire les dépenses publiques, donc les impôts, les deux moyens essentiels sont la réduction du nombre des fonctionnaires et la remise en cause du fonctionnement des principales administrations publiques.
Le principe du renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite semble faire l’objet d’un consensus général. Pourtant, selon Nicolas Sarkozy, au début de la discussion budgétaire, loin de proposer des suppressions de postes, l’ensemble des ministres réclamait la création de 23 000 postes supplémentaires !
Le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, qui a fait de la réduction du nombre de fonctionnaires son cheval de bataille médiatique, propose d’échanger une augmentation de salaire contre une réduction des effectifs. Il y a fort à craindre que les syndicats empochent la première partie de la proposition tout en résistant des quatre fers à la seconde. Loin d’augmenter, la mobilité des fonctionnaires a tendance à diminuer.
Quant à la remise en cause du fonctionnement des administrations publiques, c’est un tabou. Le statu quo est défendu aussi vigoureusement par les syndicats que par les ministres concernés. Ceux qui l’enfreignent sont des iconoclastes. Claude Allègre le fut à l’Éducation nationale. Pour la recherche, il faut remonter au général De Gaulle pour retrouver une mise en cause énergique (« des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche !… »). En ce qui concerne les sacro-saintes dépenses militaires, je vous recommande vivement l’entretien du général Copel réalisé par Alain Mathieu et publié dans le dernier numéro du mensuel de l’iFRAP, « Société Civile ». Celui qui fut en 1981, le plus jeune général des armées françaises, ose déclarer : « L’achat de 300 Rafale pour 35 milliards d’euros était inutile ». Évidemment, ça décoiffe.


Société Civile
Abonnement,12 numéros : 61 euros
IFRAP : 5, rue Cadet,
75009 Paris
http://www.ifrap.org


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(1) Commentaire

  • Observateur Répondre

    C’est sûr, le renouveau de la France, s’il survient un jour, ne viendra pas de la fausse droite (UMP-UDF) qui fait toujours la même politique socialo-communiste, que le PS et ses alliés ne renieraient pas ! En France, les politiciens au pouvoir, tous interchangeables, sont avant tout au service d’eux-mêmes et de leur idéologie fortement tintée de communisme.

    07/10/2004 à 17 h 26 min

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