Une politique étrangère en retrait

Posté le 26 février , 2019, 3:57
9 mins

La politique étrangère d’un pays est étroitement tributaire de sa politique intérieure, plus précisément de l’état politique, économique et financier de ce pays. S’agissant de la France, cet état est déplorable. La France est perçue désormais dans le monde comme un pays agité, violent, mal gouverné, parfois ridicule. Donner des leçons au monde entier a toujours fait sourire. Maintenant, les donneurs de leçons, tour à tour, font rire et irritent. « La France, c’est le bordel ! » disent brutalement ceux qui en parlent à l’étranger et au plus haut niveau.

Il demeure que la France est membre permanent du conseil de sécurité, avec droit de veto, et possède la bombe atomique. Elle fut longtemps la deuxième puissance du monde derrière la Grande-Bretagne. Elle est encore la cinquième sur près de 200 nations.

On peut donc distinguer les grandes lignes d’une politique étrangère qui, tant bien que mal, continue à jouer un rôle dans le monde qui n’est pas de premier plan, mais dont on peut encore parler. La première de ces lignes, étrangement, c’est « l’empire ». Il faut conserver l’empire ou ce qu’il en reste. Cette nostalgie de la grandeur passée est un peu pitoyable, j’allais dire pathétique, mais c’est une constante. Vaincue en 1940, la France de De Gaulle voulait retrouver sa situation d’avant-guerre à tout prix. Alors ce fut la guerre d’Indochine, perdue, celle d’Algérie, perdue, deux nouvelles défaites dues à deux idéologies contraires, mais unies contre la France coloniale, celle de l’URSS et celle des États-Unis. Aujourd’hui, il reste de l’empire quelques territoires clairsemés à travers le monde. Et, dans bien d’autres, pour conserver une influence, la France mène des guerres coûteuses et sans fin, au Sahel africain notamment.

Mais il y a mieux encore : les départements et territoires d’outre-mer habités par des Français à part entière, champions des aides de toute nature, un phénomène curieux qui fait que la France est frontalière du Brésil sur plusieurs centaines de kilomètres et, prodige, loin de s’étioler, l’empire, en réalité, s’agrandit avec Mayotte, îlot de l’océan Indien devenu le 101e département français connu de toute l’Afrique noire car les futures mamans viennent de loin, même du Burundi, mettre au monde bébés, cartes Vitale et tout ce qui s’ensuit. Faites l’addition ! M’en étant ouvert à un responsable, forcément haut, celui-ci me répondit : « Les Mahorais ont demandé à être Français. On ne pouvait pas leur refuser. – Alors, ai-je dit, si les Papous de la Nouvelle-Guinée demandent à devenir Français, on dira oui. Et la Nouvelle-Guinée sera le 102e département français, un département papou. » Tout cela n’est pas sérieux.

Deuxième ligne de force de notre politique étrangère : l’Europe. Malheureusement, l’Union européenne est désunie. Nous avons maintenant deux Europe, si ce n’est trois : l’Europe de Bruxelles, codirigée par Macron et Merkel, l’Europe du bon sens, avec la Hongrie comme porte-drapeau, et d’une certaine façon, la Grande-Bretagne avec la pagaille complexe du Brexit.

Macron milite pour l’Europe du vieux monde avec l’espoir caché d’en être un jour le président. Ce fut également le rêve inachevé de Giscard d’Estaing … En attendant, l’Europe disloquée vient de nous offrir le spectacle d’une guerre entre la France et l’Italie, une guerre picrocholine. Les deux sœurs latines, sœurs également en incompétence, agitées, divisées, en désordre permanent, disent vouloir s’affronter.

En Italie, le Nord ne veut plus du Sud, jugé comme peuplé de maffieux et de bons à rien. S’agissant de la France, le monde entier observe avec consternation les prouesses des gilets jaunes et en Italie, on en rigole. Rome a surtout été agacée par les « brillantes » initiatives de Sarkozy en Libye, que les Italiens considéraient un peu comme leur chasse gardée. Et, en France, on a été irrité par les contacts de responsables politiques italiens avec les gilets jaunes en la personne notamment de Luigi Di Maio, vice Premier ministre. Ceci étant, de la part de responsables politiques italiens, cette recherche du dialogue avec les gilets jaunes était tout à fait déplacée. Bref, l’ambassadeur de France à Rome a été rappelé, ce qui, en diplomatie, est un acte grave qui, souvent, a précédé la guerre ouverte. Voilà donc Macron, sur son pur-sang, prêt à bondir sur le pont d’Arcole comme Bonaparte en 1796. Et puis, miracle, on se réconcilie. L’ambassadeur va s’en retourner à Rome et Macron a invité le président italien à venir faire un tour à Paris. Mais on a eu très peur …

En réalité, ce qui agace surtout Paris, c’est que, sous la menace d’une invasion migratoire partie de la Libye, l’Italie s’est rangée aux côtés des « populistes », comme le commandaient le bon sens et ses intérêts élémentaires.

Plus à l’est, au Moyen-Orient, c’est toujours une tuerie sans fin. L’islam a pris le dessus. Daesh est toujours là. Des centaines de milliers de victimes, des millions de déplacés, femmes et enfants, des cités anéanties. Si l’on excepte le Liban, pour des raisons surtout religieuses, et une longue tradition, la France n’a plus aucune influence dans cette région. Celle-ci n’est plus qu’un champ de bataille que se disputent les États-Unis, la Russie, la Turquie, très anti-occidentale, et l’Iran. Le temps est loin de la colonisation anglaise et française qui assurait à cette région la paix et le développement.

Je terminerai cette brève revue de politique étrangère plutôt affligeante par le cas de Carlos Ghosn. Brillant capitaine d’industrie, l’un des meilleurs de la planète, qui a fait ses preuves en redressant Nissan (les Japonais n’y parvenant pas), il a été jeté en prison, dans une cellule de 9 m2 éclairée jour et nuit.

Ce qui lui est reproché relève en réalité de la compétence de conseils d’administration et c’est là que les questions auraient dû lui être posées.

Il est clairement la victime d’une sorte de complot où il apparaît que les Japonais ne voulaient plus d’un Occidental à la tête de cette industrie. Ils lui ont appliqué la présomption de culpabilité et ils
peuvent le condamner pratiquement à la perpétuité. En ce domaine, que peut faire notre diplomatie ? Si Carlos Ghosn était américain, je crois que tout cela se serait passé autrement.

 

 

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3 Commentaires sur : Une politique étrangère en retrait

  1. ELEVENTH

    3 mars 2019

    Comment la politique étrangère de la France ne pourrait elle pas être en retrait. Et vu ce que le pays représente actuellement, il n’est pas faux de dire qu’elle encore trop voyante : un peu comme une vieille théatreuse oubliée qui se raccroche a tout ce qu’elle peut mais ne fait plus illusion depuis longtemps. C’est comme un vieux lion sur les rotules qui tente de rugir mais se fait toujours déloger par les plus jeunes et forts. Apprenons à être modestes, remontons et consolidons notre pays en lui redonnant peu à peu les forces nécessaires et, le moment venu, sachons taper sur la table, surs, enfin, de nos moyens et de notre volonté. Le reste ira de soit.
    Mais en attendant : FAISONS BAKOU comme on dit en Afrique (on s’écrase passagèrement)

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  2. HansImSchnoggeLoch

    27 février 2019

    Carlos Ghosn, citoyen français, était là au mauvais endroit au mauvais moment. à travers lui c’est l’arrogant Macron et le système qu’il représente qui étaient visés.
    Oui les Japonais auraient agi tout autrement avec un citoyen US.
    Remember Hiroshima and Nagasaki

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  3. OMER DOUILLE

    27 février 2019

    Pour soutenir Carlos Ghosn, demandons à Méluche de lancer un grand mot d’ordre “n’achetez plus de Nissan tant que le boss est en taule”. Si vous voulez du japonais, il y a mieux encore en qualité avec une autre marque H……

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