Zemmour: le candidat de la « droite caviar » qui s’encanaille ?

Zemmour: le candidat de la « droite caviar » qui s’encanaille ?

Si l’on en croit les derniers sondages d’intentions de vote à l’élection présidentielle de 2022, Éric Zemmour serait crédité d’un score de 16%. Mais d’où viennent ses électeurs potentiels ou déclarés ? Tout laisse à croire que l’électorat Zemmour se segmente en deux blocs, davantage préoccupés par la question de l’immigration que par celle du pouvoir d’achat.

Il y a d’abord un électorat populaire du Sud-Est de la France, sans doute déçu par la défaite de Thierry Mariani à la dernière élection régionale de 2021 qui ne croit plus aux chances d’un candidat RN ou soutenu par le RN de l’emporter à une élection majeure. Il s’agit d’un arc méditerranéen, au sein duquel apparaît une grande porosité du point de vue doctrinal, allant de la ville de Perpignan de Louis Aliot, en passant par la ville de Béziers de Robert Ménard, le Gard de l’ancien député français Gilbert Collard, à la ville de Fréjus de David Rachline. Électorat « sudiste » qui, depuis des décennies, a toujours oscillé entre La Droite Populaire d’un Thierry Mariani, d’un Lionnel Luca ou d’un Éric Ciotti (bien que ce dernier n’ait jamais été membre de La Droite Populaire), aux tenants de la théorie de l’union de la droite, parfois improprement qualifiée « d’union des droites » et le Front National (FN) devenu Rassemblement National (RN). Pour caricaturer, on pourrait dire que cet électorat est, en quelque sorte orphelin, soit d’un Jean-Marie Le Pen, soit d’un Charles Pasqua, qui, bien qu’ayant fait la totalité de sa vie politique dans les Hauts-de-Seine, c’est-à-dire en région parisienne, a toujours réussi à faire croire aux électeurs, probablement grâce à son accent du Sud, qu’il était un élu provincial ainsi qu’un homme du peuple (petit-fils de berger corse).

À cela vient s’agglomérer un second bloc, celui de La Manif pour tous et de ce qui fut un temps son émanation politique, à savoir Sens commun. Il s’agit là de la « droite Trocadéro », celle qui, en 2017, avait sauvé la candidature du soldat Fillon. Électorat majoritairement issu de la petite bourgeoisie, de la bourgeoisie et de l’aristocratie catholique qui veut encore croire, envers et contre tout, que la France est toujours la fille aînée de l’Église… Cette frange de la population qui, bien que ne représentant plus grand-chose numériquement parlant, a néanmoins démontré un certain savoir-faire en matière logistique et organisationnelle. Toutefois, pour ce qui est de l’action politique en tant que telle, elle a fait montre de toute son incurie, au point d’apparaître comme « la manif de la loose », celle qui va de défaite en défaite. Son ignorance et son refus de recourir, au nom de pseudo-valeurs morales, aux méthodes d’action directe, la condamnent invariablement à l’échec. Son entêtement à vivre dans l’entre-soi, dans le déni et dans le communautarisme la condamne à sa disparition programmée. Ces catholiques pratiquants sont probablement les derniers marxistes français, tant, par leur entre-soi, ils en sont restés à la lutte des classes. Ils en sont réduits à ce que Guillaume Bernard, dans son ouvrage intitulé La guerre à droite aura bien lieu, appelle le communautarisme de défaite, à savoir : « se retirer de la sphère publique pour constituer une sorte de contre-société homogène ». Le repli communautariste de ces catholiques s’explique avant tout parce qu’ils appartiennent « à un groupe social anciennement majoritaire mais devenu culturellement minoritaire ». Comme l’indique Guillaume Bernard, la tentation de fonder une contre-société est grande dans ces milieux : « Considérant que leurs valeurs ne sont plus celles de l’ordre public, ils préfèrent constituer une communauté particulière dans laquelle ils pourraient mettre en œuvre juridiquement, pour eux, des règles morales de comportement (interdiction de l’avortement, du travail le dimanche, etc.) » Se sentant menacés par ce qu’ils appellent, comble de l’ironie pour des adeptes du communautarisme, le communautarisme islamique et l’insécurité culturelle, la bonne bourgeoisie versaillaise voit donc dans Éric Zemmour son nouveau héraut qui, pourtant, a récemment déclaré qu’il ne fallait pas « forcément rouvrir le sujet » du mariage homosexuel en cas de victoire à la présidentielle de 2022. Que d’hypocrisie…

Zemmour : le Trump français ?

Zemmour est-il l’homme qui va faire revenir les abstentionnistes aux urnes ? La tâche paraît compliquée. Il est en tout cas plus simple d’obtenir massivement les voix des abstentionnistes quand ceux-ci sont très nombreux. En effet, l’abstention moyenne aux différentes élections présidentielles aux États-Unis, hormis celle de 2020, est de 45%. Or, en France, l’abstention aux élections présidentielles est moitié moins importante qu’aux États-Unis, oscillant entre 20 et 28%. Le vivier est donc beaucoup plus restreint et  la besogne plus ardue pour Zemmour. De plus, l’abstention, il est vrai en hausse, observée aux dernières élections régionales ou municipales en France n’est qu’un trompe-l’œil, la présidentielle reste la reine des élections en France, et donc celle où l’abstention est la plus faible !

De surcroît, Trump arrivait à faire converger, comme l’a dit David Brooks, éditorialiste au New York Times, « les valeurs de la culture bourgeoise et celles de la contre-culture des années 60 ». Trump est avant tout le produit des années 1980 et 1990 basé sur « un mode de vie qui vous permet de réussir financièrement tout en restant un rebelle à l’esprit libre ». Et Brooks d’ajouter : Trump est « à la fois rebelle et arriviste ». En bon « produit » de son époque, Trump a donc parfaitement su manier les valeurs d’ordre et de productivité chères à la bourgeoisie américaine ainsi que celles de rébellion, de nouveauté et de libre expression propres aux bohèmes. Valeurs auxquelles sont venues se greffer celles du Tea Party axées autour de la diminution des taxes, des combats pro-life et de la lutte contre l’immigration. Enfin, l’une des forces du Trump est d’avoir su redonner un espoir au « pauvre petit blanc américain », qui avait perdu la foi dans le rêve américain, ravivant chez lui le mythe du self made man.

Si Zemmour se rêve en épigone de Trump, en imaginant faire converger les luttes de la bourgeoisie, des gilets jaunes et de La Manif pour tous, les obstacles paraissent insurmontables. Il existe clairement, aujourd’hui, une « fracture sociale » entre deux droites irréconciliables. Entre d’un côté, une droite plus « prolétarienne », celle du Rassemblement National, et, de l’autre, une droite de la « mondialisation heureuse » actuellement chez Zemmour et Les Républicains. Si, certes, Zemmour arrive à capter le vote de certains ouvriers du RN, Marine Le Pen conserve 74% du vote ouvrier et 71% du vote employé. En revanche, Zemmour a su attirer à lui 36% des catégories socio-professionnelles supérieures que compte le RN. Mais, au détriment du candidat Zemmour, la France est un pays fortement sclérosé et figé où la reproduction sociale est forte. Il sera donc difficile de faire miroiter aux électeurs, comme a pu le faire Trump aux États-Unis, des rêves de grandeur, si ce ne sont ceux de la grandeur perdue de la France…

Enfin, en abordant aussi clairement, durant ces derniers jours, le sujet de la sociologie électorale ou des classes sociales et de leur vote, Éric Zemmour a plus que dévoilé son jeu, celui d’un analyste de la vie politique, d’un journaliste, qui essaie de rejouer stratégiquement la campagne de 2007… De facto, il apparaît, non comme une figure nouvelle, non comme un Trump, mais comme un Sarkozy bis, considérant même le « travailler plus pour gagner plus » comme un « magnifique slogan ». Cela sent tout de même la naphtaline et la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de 2007, inspiré par Patrick Buisson. Zemmour n’apporte donc rien de nouveau au débat, hormis de vieilles idées totalement défraîchies, celle des années 1980 du Rassemblement Pour la République, comme il le dit…

En vérité, la droite française n’a pas besoin d’un homme qui additionne tel ou tel électorat, mais d’un homme qui casse les lignes et les barrières sociologiques !

 

Thomas Siret, docteur en histoire

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(7) Commentaires

  • quinctius cincinnatus Répondre

    Eric Zemmour n’ est pas sans rappeler Nicolas Sarkozy : il séduit l’ électeur par son … bagout méditerranéen , comme l’ Autre l’ avait fait pour être élu … on connait la suite

    02/11/2021 à 12 h 08 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    à Laure Tograf un revenant sous … fausse bannière et abus de … sexe

     » LaDroite  » la plus bête du Monde et même franchement paranoïaque *** ( je parle ici de ses électeurs ) s’ est trouvée une nouvelle machine à perdre ! mais elle  » se fait plaisir  » ! et n’ est ce pas là l’ essentiel ? …

    *** définition de la  » paranoïa  » qui peut vous être utile :  » psychose caractérisée par la surestimation du moi et un délire de persécution  »

    allez  » Les 4 Vérités  » remettez un peu de plomb dans les cerveaux de vos blogueurs

    28/10/2021 à 14 h 15 min
  • Laure Tograf Répondre

    Haro sur le Zemmour.

    28/10/2021 à 0 h 50 min
    • Titus Pullo Répondre

      Un article complet et très riche, merci pour nous

      23/12/2021 à 15 h 12 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    Isidore votre  » réaction « qui se veut ironique est complètement en dehors de la plaque, à côté de ce qui est analysé !

    pour une fois que  » Les 4 Vérités  » publient une ANALYSE politique fouillée et pas seulement un  » pamphlet  » facile et redondant vous parlez de sondages parce que le contenu de l’ article vous déplait ou que vous le jugez trop  » élaboré  » pour votre entendement

     » Les 4 Vérités  » continuez dans cette voie !

    27/10/2021 à 16 h 37 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    tiens un article libre d’ esprit et d’ expression dans  » Les 4 Vérités  » bien qu’ on y repère un regret du trumpisme ( ce  » populisme  » américain ) propre à la rédaction de l’ hebdomadaire … j’ ai déjà dit , ici ou ailleurs je ne sais plus, qu’ Eric Zemmour était un  » agité  » qui n’ était pas sans rappeler … Nicolas Sarkozy … c’ est , in fine, le Général Boulanger de notre époque , pas davantage

    27/10/2021 à 14 h 14 min
  • Isidore Poireau Répondre

    une analyse entièrement à base de sondages, je me régale.

    27/10/2021 à 9 h 18 min

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