Cahuzac et l’imposture socialiste

Cahuzac et l’imposture socialiste

En soi, que quelqu’un qui a gagné de l’argent hors de son propre pays en dispose com­me il l’entend ne me choque pas. Si ce quelqu’un a acquis l’argent par le vol ou la corruption, c’est une chose très différente. Si ce quelqu’un fait de la politique, on peut comprendre que des soupçons puissent être énoncés. Si ce quelqu’un se dit socialiste, on se rapproche à grands pas de l’imposture : comment peut-on se dire socialiste et avoir des pratiques qui sont en contradiction totale avec le discours et le dogme socialistes ? Si ce quelqu’un accepte de devenir ministre du Budget, se fait l’ardent défenseur de la lutte contre la fraude fiscale et contre l’évasion fiscale, parle en prenant des accents dignes de Fouquier-Tinville dans ses pires années, et défend l’idée d’une plus grande progressivité de l’impôt, on est dans l’imposture absolue.

En ces conditions, je n’accablerais pas Jérôme Cahuzac s’il n’avait pas fait de politique, s’il ne s’était pas dit socialiste, s’il n’était pas devenu ministre du Budget et s’il n’avait pas parlé comme il a parlé. Hélas pour lui, il a fait de la politique, il s’est dit socialiste, il a été ministre du Budget, et il a parlé comme il a parlé. C’est ce qui le rend impardonnable.

S’il était le seul, on pourrait se dire qu’il est une brebis galeuse au milieu d’un troupeau d’une blancheur immaculée, mais il n’est, c’est une évidence, pas le seul – Jean-Noël Guérini dans les Bouches du Rhône a, si j’ai bien compris, de gros soucis.

Au cours des trente dernières années, d’autres « socialistes » ont vu leur nom éclaboussé par des difficultés du même ordre et les années Mitterrand ont été particulièrement fécondes en ce domaine.

J’ai toujours considéré que le socialisme était dangereux et j’ai constaté à de multiples reprises qu’il impliquait un rapport malsain à l’argent. Nous en avons à nouveau la preuve.

Je considère aussi que c’est, au-delà du socialisme, toute la société française qui a un rapport malsain à l’argent. Et j’ai toujours eu une nette préférence pour les sociétés où on peut gagner beaucoup, être fier de ce qu’on gagne et considérer que gagner beaucoup est un signe de travail dur et de réussite sociale.

La France est une société où, si on gagne beaucoup, on se cache et où gagner beaucoup est presque un péché qui doit être compensé par un discours parlant de « justice sociale » et de large redistribution : c’est ce qui pétrit les hommes tels que M. Cahuzac.

Si ces traits se rencontrent dans nombre de sociétés catholiques, où on a pu longtemps racheter ses fautes par le biais d’indulgences payées plus ou moins cher selon la gravité des fautes commises, ils prennent une dimension particulière en France – parce qu’il y a eu la Révolu­tion française, la Terreur, la loi des suspects, la délation…

Tout en trouvant Jérôme Cahu­zac impardonnable pour les raisons énoncées plus haut, je dois dire que nombre d’aspects dans cette affaire me semblent très nauséabonds.

Un site d’« information » très à gauche se présente comme l’incarnation de la vertu tout en pratiquant la délation la plus vi­le. Des gens procèdent à des en­registrements téléphoniques et diffusent sournoisement ces enregistrements, une ancienne épouse semble prête à traîner plus bas que terre le père de ses enfants.

Ce qui apparaît ainsi, c’est l’imposture d’un homme et celle du socialisme, certes. C’est un rapport malsain à l’argent, certes. Mais c’est aussi, de fait, tout un état d’esprit qui rappelle des heures très sombres.

Je ne sais si le gouvernement actuel et si François Hollande parviendront à sortir de l’ornière et, le cas échéant, comment, mais il est évident qu’ils sont présentement enlisés de manière très profonde.

Je ne pense pas que l’UMP soit à même de donner des leçons, car on n’y a pas toujours tenu un discours beaucoup plus sain.

Je crains que ce qui se renforce soit l’extrême gauche façon Jean-Luc Mélenchon qui, déjà, donne de la voix, et reproche au gouvernement de n’être pas assez à gauche. Je crains aussi que ce qui se renforce soit, en parallèle, l’extrême droite, qui prospère toujours sur ce type de terrains.

La France est entraînée dans une spirale du déclin et vers une lente déchéance. Je m’attendais à ce que les mois à venir soient difficiles. Ils le seront plus encore que je ne l’imaginais.

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Comments (17)

  • HansImSchnoggeLoch Répondre

    Jaures devrait lire cet article hilarant ici:
    http://www.thierry-desjardins.fr/2013/04/un-pantin-desarticule/

    13/04/2013 à 8 h 58 min
    • Jaures Répondre

      J’ai lu. Ni très original, ni très intéressant. Ce qui compte n’est pas d’être populaire au début d’un mandat mais d’être reconnu lors des scrutins suivants. Jospin était populaire fin 2007 quand Chirac était au fond du trou. On a vu le résultat aux échéances de 2002.

      14/04/2013 à 10 h 08 min
      • IOSA Répondre

        A mourir de rire, ceux qui gagne une élection ne sont pas reconnus, mais tout simplement à l’instar de l’élection de Franois Hollande…..Par dépit !

        Mais il y a du vrai dans votre réponse Jaurès, celui qui perd l’élection, c’est bien parce que le reconnait et qu’on en veut plus.

        Ce sera le cas de Hollande et il ne restera que deux acteurs sur la scène Marine et Mélenchon

        15/04/2013 à 22 h 50 min
  • BRENUS Répondre

    Le seul argent qui ne soit pas « malsain » est celui que l’on obtient de la spoliation des autres, sans véritable travail en retour. La c’est tout bon. C’est aussi pour cela qu’il faut etre impitoyable avec ceux qui cherchent a ne pas tout se faire voler car autrement les parasites ne trouveraient plus leur pitance. Par exemple, ce n’est pas malsain de ne pas aimer les riches a 4000 euros, lorsqu’on en reçoit d’eux trois fois plus. Quand a la richesse intérieure, c’est un peu comme la beauté intérieure pour un laidron: il vaut mieux ne pas dormir avec, mais plutot choisir une beauté visible : c’est plus érectant quand même.

    13/04/2013 à 1 h 19 min
  • HansImSchnoggeLoch Répondre

    Jaures a écrit; Le sexe est un plaisir sain quand il est pratiqué par deux adultes consentants.
    Réponse très banale qu’on sort après une bonne libation.
    Mais Jaures lui pense à tout le monde surtout à mm ff, … nauséabond!

    12/04/2013 à 17 h 52 min
  • Magne Répondre

    Les journalistes emploient ce terme de  » extrême – droite  » sans savoir exactement de quoi ils parlent . Un peu comme d’autres parlent d’  » Honneur  » à tout bout de champ , sans avoir le moins du monde la moindre notion d’honneur .

    En principe les mouvements d’extrême – droite sont fascistes , et demandent l’instauration de régime capable de faire échec au socialisme et au communisme .

    Le communisme n’existant plus depuis la chute du Mur de Berlin , reste le socialisme plus proche du Centre et de l’UMP que de la révolution .

    L’extrême droite pense qu’il est légitime d’employer la violence et de rejeter les élections .

    Bref où pouvez – vous voir en France un mouvement de type fasciste , violent , et contre les urnes .

    Le FDG même si certains de ces éléments semblent violents , demande la révolution par les urnes .

    Alors SVP , quand vous parlez des extrêmes , donnez vos sources . Merci .

    11/04/2013 à 9 h 10 min
  • dissident Répondre

    je ne sais pas ce que vous appelez  » l extreme droite »? e fn est desormais a gauche de l ump sur certains points, de plus comme disait le pere Le Pen le fn n est extremiste ni dans son programme ni dans son comportement, avez vous vu le fn attaquer des reunions de ses adversaires? avez vous vu le fn contester les resultats electoraux quand et c est presque toujours le cas ils lui sont defavorables de maniere violente? le fn fraude t il lors des elections? on pourrait continuer longtemps la comparaison avec ses adversaires ennemis est plutot a l avantage du fn en ce domaine

    10/04/2013 à 18 h 50 min
    • quinctius cincinnatus Répondre

       » à gauche de l’U.M.P.  » le F.N. ?

      tout cela parce qu’un ex-chevènementiste formaté E.N.A. et poseur de … gerbe à Colombey est présentement le maître à penser en  » économie  » du Parti Lepéniste ? Vous savez tout comme moi, que les fils adoptifs qui veulent tuer le  » père  » ont une vie politique écourtée au Front … n’est pas Brutus, n’est pas César qui veut !

      16/04/2013 à 9 h 22 min
  • Claude Roland Répondre

    De ce règlement de compte entre apparatchik où Cahuzac est la première victime, et qui est la toile de fond de la tragédie Française du XXIème siècle, on ne peut que pressentir que Cahuzac est l’arbre qui cache la forêt.
    La France est bien décadente, certes, mais le pire n’est pas là. Le pire est que les Français laissent faire et se comportent comme des vaches qui regardent passer un train. On a connu un tel peuple plus réactif… Donc nous ne sommes pas sorti du marécage avant longtemps.

    10/04/2013 à 17 h 30 min
    • HansImSchnoggeLoch Répondre

      Jaures, c’est tout votre post qui est une insanité à commencer par le « je » et à finir par le dernier mot « fourvoyé ».
      Tous les commentaires du monde ne changeront rien à l’hypocrisie de votre rhétorique.
      Avec ce qui s’est passé chez les socialistes et si vous étiez un tant soit peu honnête vous revêtiriez un sac de jute méditant (à voix basse) agenouillé sur un tas de cendres.
      Vous n’avez plus voix au chapitre, vos sermons pompeux sur la morale c’est du pipeau!
      Appelez Hercule SA au 01 02 03 04 il détournera les eaux de la Seine dans la rue de solférino pour y nettoyer les écuries encombrées.

      12/04/2013 à 17 h 42 min
  • Jaures Répondre

    Je partage assez l’opinion de Millière sur Cahuzac. Un ministre du budget qui fraude le fisc est non seulement un délinquant mais un imposteur. Pour un socialiste, il est évident que la souffrance est la même que celle ressentie après la trahison d’un proche ou d’un ami. Je suis également d’accord avec Millière sur le fait que s’être dit socialiste aggrave le cas de l’ancien ministre. Au passage, je note que Millière n’a pas les mêmes exigence de probité pour les autres. Prenons cela comme une marque d’estime.
    Il ne sert à rien, pourtant de sombrer dans l’outrance: Fouquier-Tinville c’est au bas mot 15 000 hommes envoyés à l’échafaud en quelques mois. Il faut savoir mesure garder si l’on veut rester crédible.
    Ensuite, « le rapport malsain à l’argent » n’est pas lié à une appartenance politique mais à une éthique individuelle. Quel pays, quel parti n’a jamais eu en son sain un élu tirant avantage de sa position ? Et s’ il convient de condamner un politique malhonnête, ne doit-on pas en faire de même quand un milliardaire fraude pour quelques millions de plus ?
    Il ne faudrait pas que l’on distingue les bons et les mauvais fraudeurs.
    Par ailleurs, on peut juger que la démocratie a fonctionné. Un ministre a failli, la presse a librement enquêté et publié ses informations (on ne peut d’ailleurs assimiler cela à de la délation sinon aucune investigation n’est possible), un juge s’est emparé de l’affaire et a mis l’ex ministre en examen. Tout cela en moins de 4 mois.
    Ce qui différencie une démocratie d’une dictature n’est pas la morale de ses dirigeants, le pire des tyrans pense toujours être dans son bon droit, mais le fonctionnement des contre-pouvoirs qui met au jour les abus et les condamne.
    Enfin, Millière doit se garder d’écrire « Ce qui apparaît ainsi, c’est l’imposture d’un homme et celle du socialisme ». On ne peut ainsi condamner un groupe, un parti, une communauté entière sur les méfaits d’un de ses membres. Que dirait Millière si l’on généralisait sur sa communauté les turpitudes de Gilles Bernheim qui s’était attribué des ouvrages écrits par un nègre et truffés de plagiats ainsi qu’un titre d’agrégé usurpé tout en acceptant sans vergogne d’être considéré comme une « autorité morale » ?
    Que dirait Millière si après la condamnation du curé de Colmar pour trafic de photos pédophiles le 22 mars dernier, on en tirait des conclusions définitives sur les autorités religieuses ?
    Certains hommes profitent de leur position pour tricher, assouvir leurs vices ou manipuler leur monde. Il importe de les dénoncer, de les condamner en se gardant d’éclabousser ceux qui, dans le même rang, travaillent honnêtement.
    Car à tout moment on peut être également trahi par un proche, un ami, un allié et craindre d’être assimilé à celui qui s’est fourvoyé.

    10/04/2013 à 15 h 28 min
    • quinctius cincinnatus Répondre

      Vous avez reçu  » des élément de langage » de l’Elysée pour nous nous sortir de pareilles balivernes ?

      faites un effort …. d’introspection au lieu que de nous sortir des raisons ( ? ) depuis longtemps éculées

      10/04/2013 à 20 h 36 min
      • Jaures Répondre

        Balivernes ? Soyez précis si vous voulez qu’on vous réponde.

        11/04/2013 à 8 h 51 min
        • quinctius cincinnatus Répondre

          « le rapport malsain à l’argent etc … est lié à une éthique *** particulière  »

          première remarque :

          qu’entendez vous EXACTEMENT par  » MALSAIN  » ? ***

          deuxième remarque :

          dire plutôt un manque d’éthique particulier … c’est à dire  » il y a des choses qu’on ne fait pas ou qu’on ne doit pas faire  »

          *** « Je n’aime pas les riches  » dit Hollande. pourquoi alors vit-il  » à la colle  » avec l’héritière richissime d’un banquier … Est ce  » malsain  » selon vous ?

          11/04/2013 à 17 h 50 min
          • Jaures

            Le rapport malsain à l’argent est quand celui-ci n’est recherché que pour lui-même. Il en est ainsi pour le sexe, les honneurs, le pouvoir qui, recherchés pour eux-mêmes, entrainent vainement ceux qui en sont addicts à se fourvoyer dans le mensonge et la malversation.
            Cahuzac était riche et respecté, quel intérêt pour lui de frauder ? Idem pour Mme Bettencourt, milliardaire qui omet de déclarer, pour quelques millions de plus, une île sur laquelle elle ne mettait pratiquement jamais les pieds.
            Gille Bernheim était une voix qui portait, pour beaucoup une autorité morale, comment a-t-il pu usurper un titre dont tout le monde se fiche et signer des ouvrages dont il n’était pas l’auteur ?
            On se souvient de Jacques Blanc faisant régler ses cigares par le contribuable, comme s’il n’avait pas alors les moyens de les payer.
            De même, quelle satisfaction peut ressentir celui qui obtient les faveurs d’une femme par harcèlement, usant de sa position et de son pouvoir ?
            Nous avons affaire ici à des âmes altérées qui oublient le fonds pour le décorum. Avoir de l’argent est une satisfaction saine quand il est honnêtement gagné. Les honneurs sont une saine récompense d’un réel mérite. Le sexe est un plaisir sain quand il est pratiqué par deux adultes consentants.
            Ceux qui oublient cela ne connaîtront que des assouvissements pervers, finiront bafoués ou devant un tribunal.

            12/04/2013 à 10 h 22 min
        • quinctius cincinnatus Répondre

          Cela s’appelle tout simplement de l’addiction… ce n’est donc pas  » malsain « , terme également  » utilisé  » par Guy Millière dans son article, mais qui a une connotation morale ; or nous savons tous que la morale n’est en rien une chose fixée, elle varie suivant le cours de l’Histoire et les intérêts des … puissants
          Ainsi un mécène juif-hongrois naturalisé américain, Georges Sorros, disait qu’il n’y avait rien de plus simple que de faire de l’argent, il suffit de ne penser qu’à ça ! … ce qui confirme bien qu’il s’agit d’une …addiction !

          12/04/2013 à 15 h 01 min
  • quinctius cincinnatus Répondre

    Les opinions sur ce blog , qu’elles viennent de journalistes ou de lecteurs , m’évoquent tristement les querelles au pied du zinc entre des « supporters » de l’Oêmmmme et ceux du Paris Saint Qatar …. chez le premier ( club ) la mise en coupe réglée par le Milieu Corse , chez le second la prostitution aux pétrodollars …

    le niveau ne s’élève pas

    10/04/2013 à 14 h 04 min

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