La journée ordinaire d’un Français « aisé »

Posté le juin 09, 2020, 11:38
8 mins

Au réveil, une lettre recommandée de l’administration fiscale réclame une précision sur une déclaration datant de plusieurs années, c’est-à-dire des heures de recherche à prévoir, sans avoir l’assurance de retrouver le bon chiffre.

Courrier normal un peu plus tard. C’est une avalanche de lettres faisant appel à la solidarité. 50, 100, 200, 500 euros seront les bienvenus pour l’éducation des enfants du Nicaragua. Il est expliqué que, si vous vous y prenez convenablement, les « impôts » pourront vous rembourser une partie de votre bonté. Une autre lettre vous demande d’aider les vieux Papous de Nouvelle-Calédonie. Et enfin une autre encore, celle-ci intéressante, vous demandant de participer à la promotion du fromage du chèvre qui, hélas, n’existe plus. À croire qu’il n’y a plus que des boucs ! Mais que peut-on faire avec des boucs ? Rien. La dernière chèvre aurait été mangée par un loup. C’était la chèvre de M. Seguin. Cette pauvre chèvre, a écrit Alphonse Daudet, a lutté toute la nuit contre le loup, comme le contribuable lutte contre l’administration fiscale, mais finalement le loup a dévoré la pauvre chèvre, comme l’administration finit toujours par manger le contribuable.

Arrivé au bureau avec la voiture de l’entreprise, car il est impossible de stationner aux environs du bureau de notre Français « aisé », président d’une PME, il est appelé par un collègue qui, au cours de la conversation, lui dit ce qu’il pense de son personnel féminin. Le lundi, dit-il, elles sont trop fatiguées par le week-end ; elles se reposent. Le mardi, elles tricotent. Le mercredi, elles restent à la maison. Le jeudi, elles préparent le week-end. Le vendredi, elles partent à 15 heures. Et les voilà revenues le lundi. Elles sont actives, souriantes et syndiquées.

L’heure du déjeuner approchant, notre président « aisé » va prendre connaissance du menu de la cantine. Celui-ci n’est pas très attrayant. Il se rend alors dans un restaurant, qui est fermé. Il reste le sandwich, ainsi que des pages entières des journaux consacrées à la gastronomie. C’est journalistiquement délicieux …

Comme notre Français « aisé » a invité à déjeuner son neveu, brillant énarque sorti de l’école dans un rang lui permettant d’être inspecteur des finances, il lui faut trouver un restaurant où la gastronomie ne se confond pas avec les pages et les photos des journaux, magazines et autres publications.

À sa sortie d’école, le jeune énarque brillant a aussitôt été affecté à la cellule « impôts » du ministre. Là, une douzaine d’esprits forts, estampillés ENA, rivés sur leur ordinateur, recherchent comment créer de nouveaux impôts à infliger aux Français. À ceux qui sont aisés et aussi à ceux qui ne le sont pas. « Ça y est, j’ai trouvé, a proclamé l’un d’entre eux. On va leur faire payer l’oxygène de l’air par une taxe appropriée. »

Un autre brillant sujet fait observer que la politique fiscale de la France est tout simplement stupide. Fondée sur l’idéologie, elle est cause d’appauvrissement, de désindustrialisation, de chômage, d’endettement et de désordre. Elle pousse le pays à sa disparition. « Comment, dit-il, peut-on être aussi bête ? Comment peut-on aller à ce point contre le bon sens et contre l’évidence ? » Il va sans dire que notre jeune téméraire fut rappelé à l’ordre. « Vous devez savoir, Monsieur, que toute vérité n’est pas bonne à dire. Soyez discret, sinon votre carrière en pâtira. Cessez de nous raconter des histoires et contentez-vous de travailler à trouver de nouveaux impôts. »

Rentré chez lui dans le 16e arrondissent (circonstance aggravante car dans cet arrondissement, il y aurait encore des « riches » qui se cachent), notre Français « aisé » a affaire avec le syndic de l’immeuble, dont l’activité principale, pour ne pas dire exclusive, est l’appel de fonds.

Le syndic est, en effet, à la copropriété ce que le percepteur est au contribuable. Il lui faut toujours des fonds, mais pour quels résultats ? Le chauffage de notre Français « aisé » étant tombé partiellement en panne, il fit appel au syndic qui envoya aussitôt son spécialiste. Celui-ci, Bambara de Bamako, intervint sans attendre et, avec l’aide d’une clé à molette, mit l’ensemble du chauffage en panne en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ! On le lui fit remarquer. Il répondit qu’il était spécialiste du chauffage au feu de bois, mais non à la vapeur. Le syndic recommanda alors à notre Français « aisé » d’utiliser un bon chandail.

Celui-ci, pourtant, ne se découragea pas. Mercredi, sa secrétaire, Proserpine, étant absente, il utilisa lui-même le téléphone. « Tapez le 1, tapez le 2, tapez le 3 … » Finalement, après une longue attente et à force de taper, et de dire « allô, allô », il obtint une réponse : « Tous nos conseillers étant occupés, veuillez rappeler ultérieurement. » Son entourage conseilla alors à notre président d’arrêter de taper et d’attendre le retour de Prosperine, sa secrétaire qui tapera à sa place.

Le lendemain, c’est la réunion des experts-comptables.

« L’examen de l’état de votre entreprise, Monsieur le Président, nous impose de vous dire que, compte tenu de la législation en vigueur, votre entreprise ne pourra pas survivre en France. Faites comme beaucoup d’autres. Délocalisez-vous. A Singapour, par exemple. Prenez la nationalité de Singapour où il n’y a ni socialisme, ni 35 heures. Vous retrouverez la prospérité et, lorsque vous passerez en France, vous y serez bien accueilli en vertu de la préférence étrangère. Vous retrouverez la richesse et, parmi toutes les mains étrangères qui se tendront vers vous pour mendier, repérez la main française, démocratique et socialiste, et glissez-lui une petite pièce. »

5 réponses à l'article : La journée ordinaire d’un Français « aisé »

  1. quinctius cincinnatus

    15/06/2020

    il n’ y a plus de Français  » aisés  » il ‘n’ y a plus maintenant que des Français qui connaissent un ( ou plusieurs ) malaise(s)

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  2. Pnfo

    10/06/2020

    Bonjour. Très bonne analyse. Bien à vous.

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  3. Pnfo

    10/06/2020

    Bonjour. Très bien vue cette journée. Mais Monsieur « aisé » est devenu monsieur « riche » quand François Hollande est devenu président de la République car les monsieurs « ultra-riches » sont partis. Depuis Mitterrand nous avions l’alternance entre la droite et la gauche. La droite se chargeait de remettre les sous dans la caisse que la gauche avait dépensés. Mais voilà à cause de la crise de 2008, Sarkozy n’a pas pu remettre l’argent de la caisse. C’était donc à Hollande de le faire. Ce n’est pas son truc puisqu’il est de gauche. Les ultra-riches l’ont compris. C’est pour cela qu’ils sont partis. Là dessus, Macron est arrivé non pas par un débat démocratique mais par une stratégie électorale. Une partie du peuple a voulu reprendre le pouvoir qu’on lui a enlevé en plaçant le débat dans la rue. Mais le gouvernement a sauté sur la peur d’un virus pour individualiser le peuple et le rendre dépendant en espérant garder le système. Mais s’il échoue le peuple risque de n’avoir comme choix, aux 2ème tour des prochaines élections présidentielles, que deux extrêmes. Bien à vous.

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  4. Gérard Pierre

    10/06/2020

    Monsieur « Moinzézé » que le Français « AISÉ » de monsieur Lambert n’a pas eu la chance de se délocaliser à Singapour et de prendre la nationalité de l’endroit.

    Après quinze années, à force de patients efforts, il avait réussi à monter sa PME de paysagiste employant onze salariés.

    L’entreprise, dont la réputation d’excellence s’était répandue dans tout le « Landerneau » régional avait un carnet de commande très garni ! …… jusqu’à ce qu’une concurrence déloyale, … celle des « zoto entrepreneurs », … conçue par des cerveaux fumeux qui sont à l’économie de marché ce que le cannabis est aux neurones, (concurrence nantie de la formule miracle «TVA non applicable, article 293B du CGI »), vienne lui ravir les uns après les autres les marchés qu’il détenait jusque là !

    Pensez donc ! … 20% d’écart de prix par simple diktat fiscal ! … « On » n’y résiste guère !

    Le paradoxe dans cette affaire, … « On » se garde bien de l’évoquer, … c’est qu’aujourd’hui tout le monde s’est retrouvé sur le carreau !

    Ma PME, a du déposer son bilan, faute de marchés suffisants ! … résultat : 10 salariés au chômage ! … son gérant tente à présent, en tant que travailleur indépendant, de rembourser les emprunts qu’il avait contractés !

    Quant aux trois « zoto entrepreneurs » qui lui ont ravi la moitié de son fond de commerce, … n’y trouvant pas eux-mêmes leurs comptes, malgré les avantages apparents qui les avaient aveuglés, … ils ont jeté l’éponge !

    Voilà comment des crétins sur diplômés, … ceux-là mêmes dont Mitterrand s’enorgueillissait de les compter parmi SON administration la plus intellectuelle du monde, … font petit à petit de la France un pays en ex voie de développement !

    Tant qu’en France l’enseignement de l’Économie restera le monopole d’une Éducation nationale pétrie d’idéologie redistributrice sans lien avec le pragmatisme du marché, nous continuerons à marcher vers l’abîme qui nous appelle comme la fascination du vide !

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  5. HansImSchnoggeLoch

    09/06/2020

    Le Luxembourg pourrait aussi aider Mr.Aisé c’est beaucoup plus près que Singapour.
    Le pays au plus gros PIB par habitant est le Luxembourg, la France est loin derrière à la 21ème place

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