Les trois temps de la réforme

Posté le mars 13, 2004, 12:00
7 mins

( Acheter maintenant )Comme la valse, la réforme des systèmes publics doit comporter trois temps : celui du constat, celui de l’explication et celui de l’action.

Le constat est établi depuis longtemps. Notre pays crève sous nos yeux du poids excessif de la sphère publique. Notre déclin s’accélère de jour en jour. Car l’écart se creuse entre les salariés du privé, soumis à la compétition et aux exigences de la flexibilité, et ceux du public, qui réclament et obtiennent sans cesse une part plus importante des revenus des actifs productifs.

Comme nous l’indiquions en titre de notre précédente chronique « Avec Chirac et Raffarin, la France s’enfonce dans l’étatisme, autant qu’avec les socialistes ». Mais c’était avant de prendre connaissance de l’ouvrage que viennent de faire paraître Michel Brulé et Michel Drancourt, « Service public. Sortir de l’imposture ». Les deux auteurs sont des experts incontestés. Le premier a été le cofondateur de l’institut BVA. Le second, notamment, rédacteur en chef de la revue « Entreprise ». Leur constat est non seulement accablant, mais il décrit une situation encore plus grave qu’on le pensait, en tout cas, dans ces colonnes. Depuis dix ans, les salaires de la fonction publique ont augmenté deux fois plus vite que ceux du privé. Avant comme après la pseudo-réforme Fillon sur le financement des retraites, à cotisation égale, les droits des fonctionnaires sont environ doubles de ceux des salariés du privé. Si l’on ajoute pour les uns la sécurité de l’emploi, pour les autres la précarité, pour les uns l’ignorance de la notion même de productivité, pour les autres une compétition sans cesse accrue, on est obligé de conclure non seulement à l’existence d’un fossé mais encore à son élargissement. Globalement, on peut dire que l’irresponsabilité est davantage récompensée que l’efficacité…

Ce constat, particulièrement détaillé et clair, actualisé par nos deux auteurs après la timide réforme Fillon, s’appuie sur des faits et des comparaisons si nettes, qu’il peut difficilement, sans mauvaise foi, être contesté. On en arrive alors au deuxième temps, celui de l’explication. Comment en est-on arrivé là ? Un « pouvoir fonctionnaire » gouverne la France. Les énarques ont pris le pouvoir avec la Ve République. Le statut de la fonction publique fut rédigé par un ministre communiste et mis en œuvre en 1945. La IIIe République s’appuyait déjà sur ses instituteurs. On pourrait même remonter plus loin, car nos castes de privilégiés évoquent celles de l’ancien régime. Pierre Lance, pour sa part (voir page 3), fait remonter l’explication à une période précédant la bataille d’Alésia…

Ce qu’il faut faire, on le sait également. Les réformes à entreprendre ont presque toutes déjà été mises en œuvre à l’étranger par des pays dont le niveau de développement est très comparable au nôtre. Il est facile de mesurer à la fois les difficultés rencontrées et les résultats obtenus. Le champ est vaste. On a supprimé le statut des fonctionnaires en Suisse. On a instauré la retraite par capitalisation dans cinquante pays. On a fait un trait sur les subventions agricoles en Nouvelle-Zélande. On a privatisé le contrôle aérien aux Etats-Unis comme en Grande-Bretagne. On a mis en concurrence les professionnels de la santé en Allemagne. On a privatisé la Poste en Suède… Seules les fonctions régaliennes échappent (provisoirement) à ce vent si salutaire de la concurrence.

Ce que nos hommes politiques ignorent, cinquante experts non subventionnés pourraient encore se trouver, dans ce pays – tels MM. Brulé et Drancourt – pour le leur enseigner. C’est d’ailleurs ce qu’avait su faire, sur le terrain économique et financier, le Général de Gaulle en 1958, s’appuyant sur les deux esprits libres qu’étaient Louis Armand (dont Michel Drancourt fut l’un des jeunes collaborateurs) et Jacques Rueff. Mais cela suppose du courage, alors qu’ils ne connaissent que le compromis, lequel aboutit, de nos jours, à céder à tous les chantages. La CFDT n’a signé la réforme des retraites Fillon qu’après avoir obtenu que le calcul des pensions des fonctionnaires soit basé sur les six derniers mois d’activité quand celui des salariés du privé est établi sur la base des 25 dernières années… Le mois dernier, les contrôleurs aériens n’ont repris le travail qu’après le retrait d’un projet de réforme qui mettait en cause les déplacements de douze personnes… Les intermittents continuent à négocier leurs droits à des indemnités de chômage financées par d’autres catégories de salariés avec le ministre de la Culture… Les chercheurs ont déjà obtenu 3 milliards d’euros…

Le temps de l’action est celui de la politique. Les compromis sont dépassés. Il n’y a d’espoir que dans la rupture, laquelle ne s’incarne aujourd’hui, même imparfaitement, que dans le vote Front national.

  • Michel Brulé
  • Michel Drancourt
  • Service PublicSortir de l’imposture
  • JC Lattès
  • 311 pages – 19 euros

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José Bové a raison !

8 réponses à l'article : Les trois temps de la réforme

  1. Laurence

    20/06/2004

    Toujours les mêmes inepties sur les fonctionnaires comme si il s’agissait d’une masse uniforme qui pèse sur le budget de la France ! Alors qu’il y a des centaines de métiers différents dont nous trouvons parfois qu’ils ne sont pas assez nombreux (policiers, infirmières,contrôleurs de tous genres). On leur reproche tous les malheurs actuels ! Ils gagnent en moyenne plus que les salariés du privé, mais on oublie de dire que la plus grande partie des fonctionnaires est de catégorie A donc minimum bac plus 3 et que la majorité des salariés du privé est bien moins qualifiée donc logique qu’ils soient moins payés.Reste à savoir si on peut décemment faire vivre sa famille avec un SMIC (alors que les salaires en millions d’euros des grands patrons augmentent de 10 % tous les ans) De plus ceux qui jalousent les fonctionnaires n’ont qu’à préparer et passer les concours qui sont ouverts à tous les citoyens, et puis aller rejoindre leur premier poste à l’autre bout de la France. Je concluerai qu’il est normal d’évaluer leur travail et le service rendu à la collectivité et de reconnaître le mérite collectif ou individuel et de sanctionner les insuffisances.

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  2. stéphane

    23/03/2004

    Jolie réponse, j’en conviens. Je propose que nous continuions (?) ce débat dans le forum, ça me parait plus adapté. A bientôt.

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  3. eric dugas

    19/03/2004

    reponse pour stephane il faudra m’expliquer en quoi le programme du FN a change entre les 2 tours de la presidentielle. J’ai meme entendu dire qu’il n’avait pas de programme du tout !!! Effectivement les promesses n’engagent que ceux qui les croient, ca fait 30 ans que certains en font et ne les tiennent pas; le FN aussi fait des promesses, mais on ne peut rien lui reprocher car il n’est pas au pouvoir. Le FN est effectivement un parti contestataire, comme l’est la gauche quand la droite est au pouvoir !!! Je crois avoir entendu Hollande dire qu’une autre politique est possible, et est meme souhaitable pour la France : ca conteste le pouvoir actuel, non ?? Vous n’avez pas confiance dans le FN, LCR, PC, verts, je crois que vous pouvez y rajouter UMP et PS, non ?? A moins que vous aussi vous ne profitiez du systeme, car il faut reconnaitre que ce systeme est profitable a certains. j’ai regarde 100 minutes pour convaincre, je n’ai pas personnelement trouve que le pen s’est fait mettre minable, contrairement a l’avis des journalistes payes pour le dire (le contraire n’est pas politiquement correct). Et je trouve meme que tariq Ramadan s’en est bien sorti face a sarkosy, contrairement a ce que tous les autres ont dit. Quant a la transmission hereditaire de son poste, je vous rappelle que claude chirac est conseillere de son pere a l’elysee, et que juppe sans etre le fils de chirac, etait pressenti pour lui succeder. le pen a prone de sortir de l’europe et de reinstaurer le franc : peut etre que 100 millions de musulmans turcs nous poseront alors moins de problemes le jour ou ils seront europeens… Quant a l’euro, on dit que la croissance risque de ne pas etre forte a cause que l’euro est fort, mais je croyais qu’on avait cree la monnaie commune pour justement etre forts. De qui se moque-t-on, si ce n’est des francais???? Quant aux prix, depuis qu’il y a l’euro, au lieu d’etre des multiples de 5, ils sont devenus des multiples de 6.56. Exemple : avant j’achetais dans une boulangerie 10 croissants 10 F, le jour ou l’euro est arrive c’etait 10 croissants 1.55 euros, puis 3 mois plus tard c’etait 10 croissants 2 euros… Faites les comptes, tout est comme ca. Pour conclure, a part repeter ce que tout le monde dit (au moins il n’y a pas de risque d’etre d’accord avec le plus grand nombre) avec des arguments qui ne tiennent pas longtemps avec un peu d’analyse, continuez a voter UMP ou PS (l’un ou l’autre, de toute facon ca ne changera pas grand chose au bout)

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  4. stéphane

    18/03/2004

    Je ne vois pas ce qui permet de garantir un changement en cas de victoire du FN vu que c’est un parti démagogue à n’en plus pouvoir (cf le changement de programme subit entre les deux tours des présidentielles). Les promesses n’engagent que ceux qui les croient. J’ai du mal à comprendre comment des gens intelligents peuvent accorder ne serait-ce qu’une once de confiance en le FN (mais aussi LCR, PC, Verts)qui est un parti purement contestataire, qui n’a jamais fait ses preuves au pouvoir, dont le chef commence à devenir sénile (cf comme JMLP s’est fait mettre minable à « 100mn pour convaincre ») et envisage une transmission héréditaire de son poste, qui a prôné de sortir de l’Europe et de réinstaurer le franc (oO)

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  5. eric dugas

    17/03/2004

    si alain Dumait nous donne son choix pour le pen (comme avant il avait donne son choix pour les listes pasqua/villiers), c’est qu’il a compris qu’avec tous les autres hommes politiques, ce serait le statu quo qui nous ammene au desastre. Voter le pen c’est deja voter pour un certain changement, certes pas le meilleur, mais le seul qui veuille bien changer quelque chose. Madelin est tres bien, mais 3% aux presidentielles ca ne represente rien, et de plus il s’est fondu dans l’ump, et meme si on sait qu’il a des pensees differentes, il ne les exprime pas tres fort. Il aurait du faire comme Bayrou, qui lui fait entendre sa voix, mais pas parce qu’il a autres chose a proposer, mais uniquement pour essayer de capter les voix des decus de la droite, et s’allier a l’ump ensuite. Si vous reflechissez, ou vous restez chez vous le 21 mars (ce que j’ai fait pendant 20 ans), ou vous votez pour l’ump/ps (l’un ou l’autre c’est pareil, ca fait 30 ans que je peux le verifier) et vous dites que vous etes d’accord, ou vous votez le pen en esperant que ca change. Moi j’ai choisi, je ne m’abstiens plus, et je vote le pen.

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  6. R. Ed.

    16/03/2004

    Il n’y a pas que le FN qui soit fort bien pourvu en incompétents malheureusement .Le pouvoir en place,bonjour!Le trait d’union c’est entre Jean et Marie et pas entre éternel et martyre et puis c’est M. « Le » « Pen » (Breton et patronyme breton )

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  7. stéphane

    16/03/2004

    Je n’ai jamais ouï dire que le FN était un parti libéral!!! De plus il n’a jamais été au pouvoir et me semble fort bien pourvu en incompétents, à commencer par Jean Marie « éternel-martyre » Lepen. J’aurais mieux compris qu’Alain Dumait s’en remette plutôt à Alain Madelin.

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  8. Mathieu

    15/03/2004

    Sans prendre parti à propos de votre conclusion, il me vient tout de même à l’esprit une remarque fort simple. Mettre sur le même plan tous les personnels qui en France dépendent peu ou prou de l’Etat relève, ce me semble, de la confusion mentale, voire de la malhonnêteté intellectuelle. Je m’explique. Un conducteur de train, un employé de centrale nucléaire ou une infirmière ont une activité de production des plus tangible, participant ainsi positivement à l’économie réelle. Ceci les distingue radicalement de l’un quelconque de ces ronds-de-cuir ministériels qui ne sont le plus souvent que les laquais stériles du pouvoir en place. Tous les  » fonctionnaires  » ne sont donc pas des  » ponctionnaires « , comme on tend ici couramment à le laisser penser…

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