Mère Teresa : charité spontanée ou solidarité obligatoire

Posté le octobre 26, 2003, 12:00
6 mins

Tant que nous vivions dans une société artisanale, nous étions incapables de produire massivement des richesses. Il y avait quelques riches, et beaucoup de pauvres. On ne mangeait pas tous les ans à sa faim. Le pouvoir n’avait pas les moyens matériels de s’opposer à la pauvreté et c’est le clergé local qui prenait en charge les plus pauvres. La dîme, premier impôt local créé vers 750 était divisée en quatre parties : 1/4 allait à l’évêque, 1/4 au curé, 1/4 à l’entretien de l’église (la salle polyvalente de l’époque) et 1/4 aux pauvres. Dans toutes les villes, dans toutes les campagnes, la pauvreté poussait à donner aux pauvres une partie de ses biens. Sous l’influence de Saint Vincent de Paul, aux hôpitaux pour les malades pauvres, se sont adjointes les « Charités », hôpitaux pour les pauvres non malades : pour les handicapés, les orphelins ou les vieux.
Avec l’ère industrielle, la production de masse est arrivée. La pauvreté a reculé, les famines ont disparu mais il y a eu des patrons et des ouvriers, il y a toujours eu des riches et des pauvres (il est normal qu’il y ait des riches et des pauvres, car chaque homme est totalement différent de son voisin, que ce soit sur le plan génétique ou sur le plan culturel).
L’idéologie marxiste est alors intervenue. Le patron n’était pas riche du fait qu’il était plus astucieux, plus entreprenant ou plus énergique que ceux à qui il donnait un emploi. Il était riche du fait qu’il « exploitait » ceux qui travaillaient pour lui. La société était donc injuste. L’État devait utiliser toute sa force pour introduire plus de justice sociale. L’État est donc intervenu. Dans la version totalitaire et communiste, ce fut une monstruosité. Le pays a été maintenu dans un état de pauvreté lamentable, tandis que les inégalités se sont accentuées, allant de la nomenklatura au goulag.
Dans la version démocratique et socialiste, l’État intervient au nom de grands principes généreux comme la justice sociale ou l’égalité. Il prend aux riches, considérés comme trop riches, pour le donner aux pauvres. Il prend aux entreprises, considérées comme trop riches, pour le donner aux salariés.

Le socialisme tue l’altruisme

La charité spontanée, avec son parfum religieux, est maintenant considérée comme une vieille dame qui a besoin de prendre sa retraite. La « solidarité citoyenne », laïque et obligatoire, triomphe, et au nom de la solidarité, l’État prend aux Français la moitié de leurs revenus. Avant de les redistribuer, il en garde une bonne partie pour ses agents, que ce soient les salariés du ministère des Finances aux multiples primes plus ou moins secrètes, les salariés d’EDF aux généreuses prestations maladie, ou les conducteurs de la SNCF trop fatigués pour travailler au-delà de 50 ans. Ensuite, l’État redistribue généreusement. D’autant plus généreusement que dans une démocratie, on utilise parfois la redistribution pour se créer des électeurs…
On pourrait croire que la solidarité a introduit enfin plus de justice sociale. Hélas ! le résultat est loin d’être magnifique. Comme l’économie est totalement bridée au nom de l’exploitation du salarié par son patron, le PIB ne progresse pratiquement plus. Globalement, le pays est volontairement maintenu dans la pauvreté. Sur le plan des inégalités, même échec. Des millions de Français sont exclus du travail, par des lois sociales totalement inadaptées. On peut annoncer avec fierté une augmentation de 11 % du Smic et prouver qu’on est ainsi « solidaire ». On oublie d’annoncer en même temps qu’on créera 400 000 exclus de plus.
Il est une autre façon d’être attentif à la pauvreté. Que l’État ne brime plus le pays par des lois « sociales » économiquement absurdes. L’intolérable inégalité que provoquent le chômage et l’exclusion disparaîtra et la richesse du pays augmentera. Et laissons tous ceux qui ont une vocation de mère Teresa en eux prendre spontanément en charge les pauvres. Ils sont légions. Aux USA, 45 % des adultes donnent ainsi spontanément une partie de leur temps à une association caritative et 89 % des foyers donnent spontanément de l’argent. Les organisations caritatives utilisent 6 millions de bénévoles et 7 millions de salariés, soit plus de 10 % de l’activité économique du pays. Petit détail, la moitié des pauvres aux USA est propriétaire de son logement…
La béatification de mère Teresa souligne une réalité profonde de l’homme : la charité spontanée est supérieure à la solidarité obligatoire.

Une réponse à l'article : Mère Teresa : charité spontanée ou solidarité obligatoire

  1. rv

    09/07/2004

    Et oui… Mais comment faire comprendre cela à nos compatriotes: l’Etat est génétiquement incapable de « faire du social », les hommes sont le social. Les fonctionnaires se contentent de tamponner quelques formulaires qu’il tendent avec mépris au pauvre bougre qui vient de poirauter 3h à la CAF, avec son air résigné de chien battu, attendant sa maigre pitance qu’il estime être un « droit ». Mais la nature est bien faite: la charité fait partie intégrante de la dignité humaine. Donner est naturel et vital, mais pas par le truchement de l’Etat. Un citoyen qui reçoit de l’aide d’un autre se sentira redevable et se fera un devoir moral d’essayer de s’en sortir. Les chiffres aux Etats-Unis sont éloquents: quand on coupe les aides d’Etat sans contrepartie aux assistés sociaux, ils retrouvent très vite du travail. Le but de l’assistance est-ielle d’aider de pauvres gens à s’en sortir, ou de les maintenir dans ce pitoyable carcan autodestructeur qu’est le mode de vie d’assisté ???

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