Obama, les Hunger Games et le retour à la barbarie antique.

Posté le août 14, 2012, 12:00
11 mins

Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie.

Etienne de La Boétie

Obama aura le bon film pour illustrer sa piteuse présidence : les Jeux de la faim, les Hunger Games, inspirés de la bonne vieille Antiquité.

J’ai récemment parlé des péplums, de leur formidable actualité, sur fond de crépuscule de la civilisation, d’omniprésence du jeu du cirque, de destruction des peuples et des diversités et de destruction culturelle globalisée. Notre « civilisation mondialisée », qui construit partout le même aéroport, le même lotissement et impose partout le même citoyen liquide interchangeable, le même iPod, la même actualité PC et le même film en 3D, reprend bien les grands traits de l’empire mondial d’alors, qui reproduisait partout les mêmes thermes, le même forum, le même cirque infâme, les mêmes voies si j’ose dire, en passant par un syncrétisme religieux d’origine isiaque et féministe.

L’énorme succès du film les Jeux de la faim (de la fin ?), qui voit des jeunes sacrifiés à la crétoise se damner pour survivre dans un énorme jeu télé, reprend cette dénonciation que l’on voyait déjà poindre dans les années 70, quand les studios étaient un peu plus lucides et surfaient sur le pessimisme ambiant, lié à la désastreuse présidence Nixon : on avait alors Network (rentabiliser médiatiquement l’insatisfaction politique), Soleil vert (pollution, entassement, survie alimentaire) ou Rollerball (le jeu total ultra-violent pour apaiser les foules) pour se remonter le moral !

Ici, la référence romaine est totale et voulue par une romancière cultivée, qui est d’ailleurs de ma génération traumatisée par (déjà) les guerres du pétrole, la crise et l’universelle laideur de tout : on évoque Capitol, Panem et le reste pour bien situer que l’on est dans un terrain connu. On sait que notre époque pullule en jeux, téléréalité et combats répugnants (y compris pour enfants maintenant, en Angleterre ils sont autorisés). L’explosion de la prostitution est universelle en Europe ; en Espagne elle en est irréelle, avec trois millions d’ouvrières et 90% des petites annonces ! C’est l’exposition universelle d’aujourd’hui ! A Paris, expliquait Libération un jour, on couche pour rester en ville quand on est audacieux.

Mais le succès du film est aussi lié à des facteurs plus récents, comme la dure vie faite aux jeunes. Comme je l’ai expliqué dans mon livre sur la vieille race blanche (*), la jeunesse n’a jamais été aussi mal traitée, aussi romanisée : elle en devient unisexe, musclée, tatouée, métro-sexuelle, désespérée. Quand elle relève la tête, au moins en France, elle vote pour la guerre sous Marine, mais sans trop d’espoir. On n’est plus là pour rêver, on entre dans ce que les écrivains de science-fiction nommaient la dystopie dès les années 50 et 60, quand l’Amérique ressemblait encore pourtant à quelque chose. Aujourd’hui, la situation devient très dure, sauf que comme dit Dostoïevski, le problème de l’humanité est que l’on s’habitue à tout, et que l’on finit donc par tout tolérer.

Aux USA, on fait remarquer un peu timidement à Obama (Obamax ?), plus intéressé par le mariage gay (il a lu Pétrone, il a lu Suétone, Obama ?) que par l’avenir de la jeunesse de son pays, que la dette des étudiants est de mille milliards de dollars. Mille milliards ! 36 millions d’étudiants sont surendettés, ne peuvent se mettre en banqueroute et devront rembourser coûte que coûte. Il faudra rétablir le servage pour dettes comme dans l’ancienne Russie.

Les études, dont le coût a décuplé en une génération, deviennent ainsi un moyen de tromper, plumer à vie la jeunesse. Ce n’est pas un hasard si, dans l’antiquité crétoise, le labyrinthe, figure cognitive et initiatique, est liée à l’ingénieur Dédale, l’homme de tous les désastres de la science et du reste.

On sait que partout les jeunes sont très mal payés pour des formations supérieures ; qu’en Allemagne les sans diplômes touchent 400 euros par mois (ils sont six millions, c’est l’éternel miracle allemand…) ; qu’en Espagne ou en France, le chômage des jeunes atteint depuis des lustres des niveaux stratosphériques, on sait ce qu’il en est de la jeunesse des pays en développement ou de « l’Asie en plein boom », avec un million de clochards de rue rien qu’à Hong-Kong…. Elle est là pour être flexible, la jeunesse, elle est là pour être sacrifiée par les tous les minotaures de marchés et des bureaucraties cyniques et désabusées qui nous dirigent.

Cnossos, Thésée, les problèmes de la Grèce… La civilisation actuelle s’apparente plus en plus à un labyrinthe de difficultés, liés aux codes d’accès, aux manipulations symboliques, à ce que j’ai nommé ailleurs aussi la maîtrise des territoires protocolaires. Toute la nature y sera brevetée et clonée pour y être vendue. Et gare à ceux qui n’auront pas assez de numisma, de monnaie, dont la racine est nomos, la loi… On le leur fera cher payer, soit en temps comme dans le dernier film de science-fiction d’Andrew Niccol, soit en sueur et en sang. La mégamachine de l’antiquité décrite par le grand Mumfordtourne à nouveau à plein régime. La modernité est terminée, et nous retournons dans le monde du cauchemar antique, à son esclavage et ses visions d’horreur mythologique.

Lisez Ovide

L’âge de fer fut le dernier. Tous les crimes se répandirent avec lui sur la terre. La pudeur, la vérité, la bonne foi disparurent. À leur place dominèrent l’artifice, la trahison, la violence, et la coupable soif de posséder.

Il reste à nos élites une dernière imitation romaine à exécuter : celle de Néron, avec une énorme guerre bien esthétique, encore plus grosse que celle d’Irak ou de Syrie. A quand un incendie de Rome, semblable à celui de Tripoli ou du Caire ? Antiquité, quand tu nous tiens…

3 réponses à l'article : Obama, les Hunger Games et le retour à la barbarie antique.

  1. HOMERE

    17/08/2012

    Nous savons que nous pouvons tout faire pour tout défaire.Rien n’arrêtera notre descente dans l’enfer.Retour vers le passé jusqu’aux cavernes,dans lesquelles devenus cro magnons nous avons fait "delete" dans nos circonvolutions cérébrales.

    L’apocalypse ne se produira pas,elle est déjà dans nos corps…..nous sommes morts sans le vouloir en nous tuant sans le savoir.

    Nous sommes trop intelligents pour faire marche arrière.

    Amen !!

    Répondre
  2. grepon

    16/08/2012

    avec une énorme guerre bien esthétique, encore plus grosse que celle d’Irak ou de Syrie.

    Un peu de perspective.   Irak n’etait un rien en comparison avec "Vietnam".   Vietnam a ete petit par rapport a la "Korean Conflict".     Ce dernier a ete bien sur un detail par rapport a la deuxieme guerre mondiale.    l’interessant des guerres actuelles est tout de meme l’aesthetique.    Il y a des cameras HD 1080p a la portee de de n’importe quel soldat occidentale, et le cinema peut reproduire tout a merveille.

    Répondre
  3. Daniel

    14/08/2012

    Trop vrai pour être commenté!.
     Sauf que c’est dans cet enfer de la mort qui rôde que la prise de conscience s’opère.   La nécessité de changer l’échelle de valeurs qui a engendré de tels dégats monte dans tous les cerveaux et redevient une vraie motivation pour vivre ensemble, selon un modèle plus agréable  et où la sécurité physique est assurée par une véritable concitoyenneté, c’est à dire une véritable égalité de droits.

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)