Réflexions sur la justice en France

Posté le février 05, 2014, 7:00
6 mins

Le procès d’un assassin a fait les gros titres des journaux ces derniers jours. Cet assassin a tué une jeune femme en septembre 2010. Il est en prison. Il va retourner en prison. Pour longtemps.

Il n’empêche. Je ne peux m’empêcher de me demander si c’est lui l’assassin de cette jeune femme ou s’il n’a pas bénéficié de complicités.

Il a, de fait, été déjà condamné dans le passé, pour un viol et une tentative de meurtre.

Était-ce il y a longtemps ? Non. Le viol et la tentative de meurtre ont eu lieu en 2004, six ans avant le meurtre pour lequel il est jugé en janvier 2013. Il avait été condamné à une peine légère en 2006 : dix ans.

Lorsqu’on est condamné à ce type de peine en France, on en fait, en général, la moitié, et c’est ce qui s’est passé. L’as­sassin a retrouvé la liberté en 2009. Il s’est, ont dit ceux qui ont pris la décision de le libérer, « bien conduit » en prison.

Il avait dit lors de son procès en 2006 qu’il recommencerait, qu’il avait en lui des pulsions irrésistibles, mais, dès lors que ces pulsions ne se sont pas révélées en prison, pourquoi aurait-il fallu le prendre au sérieux, je vous le demande.

Il lui a fallu un an environ pour passer à l’acte de nouveau. Puis-je le dire ? Ceux qui ont décidé de le libérer pour « bonne conduite » ont sur la conscience – s’ils en ont une – la mort de la jeune femme assassinée.

Au nom d’un humanisme de pacotille, on ne respecte plus la vie en ce pays et il en est ainsi dans tous les pays d’Europe.

On ne dispose plus d’une échelle des peines permettant de mettre des criminels hors d’état de nuire et, en punissant fort peu des gens coupables de tentatives d’assassinat, on leur donne l’opportunité d’assassiner effectivement, dans un irrespect total de la vie de leurs victimes potentielles, qui de­viennent un jour victimes effectives.

En punissant à peine davantage les assassins (les condamnations en pareil cas sont en général de quinze années de prison, qui deviennent vite sept ans), on leur donne la possibilité d’assassiner de nouveau, dans un irrespect identique de la vie de leurs victimes potentielles, qui deviennent, là encore, un jour victimes effectives.

Les cas de récidive sont traités, en général, sur un mode statistique, ce qui me semble monstrueux : un être humain n’est pas une statistique.

Une récidive, c’est une récidive de trop.

Puis-je ajouter que la peine de mort me semble la seule peine conforme à la justice – qui suppose une proportionnalité entre le crime et le châtiment.

Prendre une vie est prendre à quelqu’un ce qu’il a de plus précieux. On l’oublie. Mais on oublie tant de choses aujourd’hui.

Les adversaires de la peine de mort pourraient, au moins, opter pour la perpétuité réelle, mais ils trouvent celle-ci trop impitoyable, semble-t-il. Et ils ont donc pitié : non pas de la victime passée ou de la possible victime future, mais du criminel.

On entend dire, ici ou là, que la peine de mort ou la perpétuité réelle ne seraient pas « dissuasives ».

Ce discours me révulse. Il ne s’agit pas de dissuader. Il s’agit de punir. Strictement de punir. Et il s’agit aussi de protéger des prédateurs les gens qui ne violent pas, ne tentent pas d’assassiner et n’assassinent pas.

Cette protection est au cœur des fonctions régaliennes d’un État minimal.

Nous avons un État hypertrophique, comme tous les pays d’Europe, et cet État n’assure plus ses fonctions régaliennes, ou le fait de manière totalement dévoyée.

Tout comme les propos disant que la peine de mort ou la perpétuité réelle ne sont pas « dissuasives », d’autres propos me révulsent : ceux disant à la fin d’un procès que « justice est faite ». En France, comme dans le reste de l’Europe, justice n’est quasiment jamais faite.

Le summum de l’imposture me paraît atteint, lorsqu’on dit que quelqu’un a été condamné à perpétuité – ce qui est toujours faux puisque la perpétuité réelle n’existe plus. Ce n’est là que l’un des maux qui affectent une société profondément dysfonctionnelle et qu’on s’acharne chaque jour à faire dysfonctionner davantage, je le sais.

Il est des jours où j’aimerais penser que le dysfonctionnement va cesser. Je pense, hélas, que le dysfonctionnement va s’accentuer.

Guy Millière

Article précédent

Pour des têtes bien faites

Article suivant

La solution royale ?

20 réponses à l'article : Réflexions sur la justice en France

  1. Hilarion

    11/02/2014

    A Jaurès 7 Février 17h57 J’ai souligné le fait que l’engagement idéologique de certains magistrats méprisait la nécessité de sécurité publique (rousseauïsme: homme naturellement bon, mais victime de la société ». Une jeune fille, Anne Lorraine Schmitt a été massacrée à coups de couteaux dans un train de banlieue en se défendant d’un viol. Son assassin était en liberté sur décision d’un juge d’application des peines alors qu’il aurait du être incarcéré. Le père de cette jeune fille ayant manifesté son indignation publiquement, a vu, au lieu des excuses que le système judiciaires aurait du lui exprimer, son effigie affichée sur le fameux « mur des cons ».Ceci n’est pas un cas unique et la place manque pour les évoquer ici. Cela signifie qu’il existe dans la magistrature des individus qui n’ont que mépris pour la sécurité de leurs semblables, profitant de leur position pour mettre en application leurs fantasmes idéologiques. Et l’on peut même se demander s’ils ne voient pas les victimes comme expiatoires d’une société pour laquelle ils n’éprouvent que haine et mépris. Et c’est parce que les magistrats ont ce pouvoir de mettre en danger la vie d’autrui que leurs décisions doivent pouvoir être sanctionnées. Aucun argument ne tient devant la nécessité impérieuse de préserver la sécurité des victimes potentielles. La surcharge des prisons n’étant que le témoin de l’incurie qui règne en France depuis de nombreuses années. L’Angleterre dispose, à volume de population égal, de deux fois plus de places de prisons. On comprendrait mal que la sécurité incendie ne soit plus assurée au prétexte que l’on n’a pas assez de voitures de pompiers.

    Répondre
  2. Bryan Travis

    07/02/2014

    Reponse a Jaures: Il y un lien statistique impressionnant, presque partout sur la planete, entre l’abandon d’additifs a base de plomb dans les carburants, avec une baisse de criminalite violente, avec un delais, encore, presque partout, correspondant au temps necessaire pour un enfant humain de grandir a l’age ou la criminalite a son pique, liee bien sur a la testosterone.

    Le plomb, parmi ses effets nocifs, nuit au controle des impulses quand l’exposure a lieu lors du develloppement du systeme nerveux.

    Alors, du calme. Les Badinter et autres intellos nocifs ont eu peu d’effet positif par rapport l’effet relativelement enorme de l’abandon du plomb dans l’essence (et autre produits, tel que la peinture, ou bien dans l’air dans certains quartier de certains villes, typiquement plus pauvre qu’aillieurs…la ou l’industrie a laisse echapper du plomb dans l’environment).

    Répondre
    • Jaures

      10/02/2014

      Si je vous comprends bien, la Côte d’Ivoire ou l’Ouganda ont un sérieux problème de plomb dans l’essence puisque leur taux d’homicide dépasse allègrement les 30/100 000habs.
      Et les Américains devraient mettre leur consommation de plomb au niveau de leurs voisins canadiens avec un taux 3 fois supérieur !

      Répondre
      • quinctius cincinnatus

        12/02/2014

        que voulez vous c’est incontestablement, selon votre point de vue le plus habituel, la faute à la civilisation imposée par l’Homme Blanc … ceci dit j’aime l’Afrique et je m’y sens bien !

        Répondre
  3. Hilarion

    07/02/2014

    Réponse à Jaurès A propos du Texas, il conviendrait d’aller un peu au delà des chiffres. Les Américains ne sont pas que des monstres sanguinaires. L’argument qui consiste à dire que la peine de mort, soit ne sert à rien soit, est contreproductive relève de la même logique que supprimer les pompiers au prétexte qu’ils n’arrivent pas à éteindre les incendies assez rapidement. Les SDF en déshérence relèvent de la médecine et souvent de la psychiatre pas de la prévention du crime. Dans les procès d’assises, les jurés ont un rôle qui se limite à dire si oui ou non ils jugent l’inculpé coupable, les magistrats définissant dans le cadre du code pénal la peine applicable au cas soumis. Intervient ensuite le juge d’application des peines. Or a été mis en exergue par l’ignoble « mur des cons » qu’une fraction importante des magistrats étaient militante du laxisme judiciaire par idéologie, (refrain rousseauïste: coupable victime de la société) affichant sur ce fameux mur son mépris pour, entre autres, deux pères de victimes assassinées dans des conditions atroces. Dans l’un des cas au moins le meurtre ayant été commis par un individu qui aurait dû être en prison au moment des faits, mais remis en liberté par un JAP. En conséquence, seule la responsabilité engagée du magistrat et des experts sur lesquels il appuie souvent sa décision est susceptible de lui faire oublier son idéologie pour enfin prendre en compte l’intérêt de la société et des victimes potentielles. Un chef d’entreprise qui pour raison d’économie n’a pas mis en place une barrière de protection empêchant la chute d’un salarié est à juste raison poursuivi. On ne voit pas pourquoi un magistrat qui n’a pas, pour des raisons idéologique, pris les précautions qu’imposaient la dangerosité d’un individu ne verrait pas sa responsabilité également engagée.

    Répondre
    • Jaures

      07/02/2014

      Hilarion, je ne sais de qui relève les SDF mais je constate qu’ils continuent à mourir par centaines. Il est donc faux de dire que l’on fait tout pour préserver de la mort.
      Je n’ai jamais dit que les Américains sont des monstres sanguinaires ! S’il n’y avait pas cette circulation absurde des armes, les Etats-Unis auraient un taux d’homicide semblable à l’Europe, comme l’a montrée l’expérience australienne.
      Par ailleurs, si un magistrat est responsable des méfaits d’un récidiviste, aucun ne prendra la responsabilité d’une mise en liberté conditionnelle ou d’une remise de peine. Vous n’aurez pas moins de récidive, mais vous aurez une population carcérale décuplée, des conditions de travail insupportables pour les gardiens (qui sont contre la perpétuité réelle) pour des résultats finalement nuls.
      Vous dîtes qu’il faut aller au-delà des chiffres. Regardons les déjà tels qu’ils sont: la délinquance ne se réduit ni avec la peine de mort, ni avec la perpétuité réelle, ni avec l’absence des remises de peine.

      Répondre
  4. Roban

    06/02/2014

    « Puis-je ajouter que la peine de mort me semble la seule peine conforme à la justice »
    C’est la seule peine qui éviterait qu’un criminel ne récidive comme c’est le cas pour 90% d’entre eux, y compris les récidivistes violeurs, n’en déplaise à Jaurès !
    Et, au moins, la taupe ira féliciter les juges de vider les prisons !

    Répondre
  5. 05/02/2014

    Je pense que débattre sur la nécessité de rétablir la peine de mort est un faux débat car de quoi s’agit-il ? De sanctionner ou d’empêcher la récidive ? Les deux me direz-vous. En effet mais une priorité, celle de protéger avant tout la société. Il faut donc pour cela écarter à vie le criminel. La peine de mort serait une solution si la Justice était infaillible, ce qui est loin d’être le cas. Une erreur judiciaire reconnue après l’exécution dépasse le sens du gâchis. Il ne reste que la prison. Et les faux arguments prétendants qu’elle n’est pas dissuasive ne peuvent pas démontrer malgré tout qu’un détenu à vie puisse récidiver. Comme la majorité des crimes sont commis par un pourcentage réduit de la population, quand on a emprisonné ce pourcentage, le taux de crime diminue forcément.

    Répondre
  6. WEISS Francis

    05/02/2014

    Je suis entièrement d’accord avec Guy Millère: l’abolition de la peine de mort est un crime contre les innocents et les victimes potentielles des récidivistes.
    Maître Badinter et les socialistes ont sur la conscience des centaines de vies innocentes et s’ils avaient une conscience ils ne devraient plus pouvoir dormir … ce qui ne semble pas être le cas !

    Répondre
    • Jaures

      05/02/2014

      En 1979, alors que la peine de mort existait en France, le taux d’homicide était de 3,8 pour 100 000 habitants.
      Il est aujourd’hui, 30 après l’abolition de 1,1. (chiffres du CNRS et du Cesdip).
      Qui doit avoir des problèmes de conscience ?

      Répondre
  7. Jaures

    05/02/2014

    On peut déplorer avec Millière que cet individu ait été libéré et qu’il ait à nouveau sévi mais tenir ensuite un discours aussi simpliste est là « le summum de l’imposture ».
    Tout d’abord, doit-on condamner à perpétuité les auteurs d’un viol ? Car le condamné, s’il avait été libéré au bout de 10 ans au lieu de 6, aurait tout aussi bien pu récidiver. A raison de 50 000 viols par an, on imagine la quantité de prisons qu’il serait nécessaire de construire. Aucun pays n’agit ainsi car c’est évidemment impossible.
    Par ailleurs, les pays qui pratiquent la peine de mort ou la perpétuité réelle ne sont pas moins touchés par le crime. Les citoyens n’y sont donc pas mieux protégés.
    Enfin, il est curieux que Millière milite tant pour protéger contre le crime alors qu’il défend la liberté de porter une arme qui cause aux Etats-Unis tant de meurtres et de tueries sanglantes.

    Répondre
    • Hilarion

      06/02/2014

      Mr Jaurès, vous avez parfaitement raison lorsque vous dites qu’un viol sera aussi bien commis après dix ans d’emprisonnement que six. Ce que l’on peut par contre déplorer, c’est votre fatalisme. Dans une société gouvernée par une veulerie qui lui fait mépriser les plus élémentaires de ses valeurs au nombre desquelles se trouve la protection des plus faibles, donc des femmes, il est parfaitement naturel que l’on relâche des violeurs dans la nature en se mettant la tête sous le sable pour ne pas voir les conséquences de ce qu’inévitablement il arrivera.
      La médecine qui sait si bien arracher au corps d’une mère potentielle un enfant complètement formé, dont le coeur bat, à qui il ne reste plus qu’à grandir, n’hésite pas à l’envoyer sous forme de broyat à l’incinérateur. Cette médecine là doit bien avoir des solutions chirurgicales pour éliminer le détraquement hormonal du violeur. Ceci nécessite évidemment plus de détermination que de se tordre les mains au rythme d’incantations droit de l’hommesques dont paradoxalement n’a pas bénéficié l’innocent enfant à naître.

      Répondre
      • Jaures

        10/02/2014

        Il y a bon an mal 50 000 viols chaque année en France. Imaginez-vous la cohorte de chirurgiens qu’il faudrait pour passer tout ce beau monde au bistouri. D’autant que je doute qu’il ait une région cérébrale du viol. Par contre, je suis d’accord que le suivi post pénal est très déficient. Qui militera ici pour qu’augmentent les moyens de la justice ?

        Répondre
        • Hilarion

          11/02/2014

          A Jaurès Il y a bien assez de gynécologues pour 220 000 avortements par an en France.

          Répondre
    • DESOYER

      13/02/2014

      Je crois, Monsieur, que l’imposteur c’est vous!
      Vous êtes prosterné devant les criminels. C’est odieux.

      Répondre
  8. Hilarion

    05/02/2014

    Il est probable que dans un certain nombre de cas la peine de mort n’est pas dissuasive. Néanmoins, pour ceux des malfaiteurs qui établissent le bilan coût/ bénéfice, se trouver confronté à ce risque majeur de la peine de mort peut donner à réfléchir. Il existe par contre un élément déterminant, celui d’inscrire dans l’inconscient collectif que donner la mort à autrui est considéré par le société comme si grave, que, elle qui met tant de moyens à préserver des vies,(que l’on songe à la recherche scientifique médicale aux moyens mis en oeuvre pour sauver des vies en mer, en montagne etc….)estime que ce criminel là en a fait tant, que lui est dénié le droit de vivre dans une société dont il a méprisé les codes les plus élémentaires. Plus pragmatiquement, un condamné exécuté ne récidive pas.
    Dans l’état actuel des choses, on sait, depuis le « Mur des cons » qu’une bonne partie de la magistrature est militante du laxisme judiciaire. Comme il paraît difficile de réformer cette frange extrémiste, il serait nécessaire de la responsabiliser, ainsi que les « experts » sur les dires desquels elle fonde souvent ses jugements. Un chef d’entreprise peut être sanctionné lorsque dans son entreprise arrive un accident. Un médecin peut être sanctionné sur une erreur de traitement ou de diagnostic. On ne voit pas pourquoi un magistrat ou un expert ne pourrait être sanctionné, lorsque suite à une mesure laxiste prise beaucoup plus parce qu’il a jugé que X était victime de la société que coupable, il a permis à X de commettre un nouveau forfait en le relâchant.

    Répondre
    • Jaures

      05/02/2014

      Hilarion, la peine de mort n’est évidemment pas dissuasive. Au Texas où l’on exécute à outrance, on commet 2 fois plus de meurtres qu’en France pour 2,5 fois moins d’habitants. Seuls les meurtriers à la Agatha Christie réfléchissent aux conséquences de leur geste.
      Par ailleurs, il n’est pas vrai que la société fait tout pour préserver de la mort ses habitants: chaque année, près de 500 SDF meurent dans la rue. On est prêt à tout pour libérer un otage mais on laisse mourir des gens de faim et de froid.
      Enfin, pour les crimes, c’est un jury populaire qui condamne. Faut-il également les sanctionner en cas de récidive ou d’erreur judiciaire ?

      Répondre
      • DESOYER

        13/02/2014

        Monsieur,
        Le gouvernement que vous soutenez laisse, lui aussi, mourir de faim et de froid les SDF. Alors, un peu d’humilité, s’il vous plaît!

        Répondre
  9. quinctius cincinnatus

    05/02/2014

    le problème que vous soulevez est fréquent en psychiatrie carcérale : le violeur-tueur n’ayant pas de  » cible  » dans sa cellule il se comporte donc apparemment normalement … ce qui est surprenant c’est bien que les psychiatres squeezent cette absence de  » motivation  » …
    ce qui revient à dire tout simplement que l’épidémiologie des conduites criminelles a disparu de l’ intelligence des psychiatres et que les juges d’application des peines se basant sur ce que leur disent les psychiatres, prennent des décisions contraires à la sécurité publique

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)