Valérie Pécresse brade, elle aussi, l’Université

Posté le décembre 26, 2007, 12:00
5 mins

Nouvelle reculade gouvernementale : Valérie Pécresse et ses alliés du ministère de l’Éducation nationale, au lieu de s’attaquer au dysfonctionnement des lycées, s’apprêtent à baisser le niveau des examens dans le Supérieur en fixant des « quotas » de réussite.

Après la baisse des exigences au baccalauréat – malgré des programmes faussement ambitieux conçus pour faire illusion – il ne fallait pas s’étonner des échecs en première et deuxième année d’université, qui en sont la conséquence directe. Au nom de l’idéologie égalitariste, le système éducatif français – l’un des plus coûteux et des moins performants du monde – continue à mettre en échec chaque année des milliers de jeunes, en les poussant vers des filières « miroirs aux alouettes » ou « intello-tendance » conduisant au chômage.

Mais la démocratisation sous le sceau de l’intellectualisme français ne s’arrête pas là ! Cet intellectualisme prétentieux, aux relents marxistes, caricature des années 68, a toujours pour mot d’ordre : « pas d’école au service des patrons ». Mais en 68, régnait le plein-emploi, contrairement à aujourd’hui. Les « Trente Glorieuses » sont passées depuis longtemps ! M. Sarkozy, qui promettait de mettre fin en trois semaines à l’idéologie soixante-huitarde, en devient, avec son fan-club, le premier promoteur ! Nouvelle trahison de la classe politique… mais en France, on en a l’habitude !

Il n’est pas étonnant qu’il n’y ait plus guère d’enthousiasme chez les enseignants pour aller travailler dans le premier cycle universitaire, obligé de se consacrer à des remises à niveau permanentes, tant les problèmes de méthodes de travail et de prérequis restent patents pour la plupart des nouveaux bacheliers. Mais Mme Pécresse n’en a que faire : plutôt que de s’attaquer aux problèmes de fond, on va à nouveau accélérer par décret les passages, peu importe le niveau et les aptitudes des étudiants.

Voilà qui relèvera sûrement le niveau de l’enseignement supérieur ! Techniquement, ce ne sera pas trop difficile car l’on sait déjà faire : il suffira d’inventer des épreuves « bidon » pour relever les notes, de quoi donner un peu de travail aux nombreux chargés de mission réservistes que compte l’Éducation nationale… Et dans ce domaine, les spécialistes des sciences de l’Éducation regorgent d’idée !

À quand les vraies réformes, à commencer par celle du baccalauréat, dont on attend une simplification, afin de ne plus bloquer tout le système éducatif pendant plus d’un mois ? À quand la réforme des programmes du secondaire, à quand la fin du collège et du lycée pseudo-uniques, à quand la fin des activités gadgets ?

On ne peut que déplorer le manque de courage politique de nos élus. Sans doute pensent-ils que le statut quo vaut finalement mieux que la loi de la rue qui, dans ce pays, finit toujours par avoir le dernier mot. Après tout, les politiques ne font que passer, alors la gestion à court terme leur convient très bien. Et s’il y a des dysfonctionnements, c’est toujours de la faute des autres, des prédécesseurs, même si ceux-ci ne sont finalement jamais officiellement désavoués. Solidarité de caste oblige !

5 réponses à l'article : Valérie Pécresse brade, elle aussi, l’Université

  1. Claire

    30/12/2007

    Alors qu’on essaie d’effacer les clichés de 68, voilà une bien belle image du cliché inverse… N’y a t il aucun juste milieu ? N’êtes vous pas capables de regarder avec un tant soit peu d’honnêteté le système global et d’accepter le fait que la scission entre grandes écoles et Universités est la scission essentielle qui ralentit notre enseignement supérieur ? Les aberrations que Gérard Pierre nous présente sur les étudiants en sciences humaines est à la fois risible et alarmante… N’êtes vous pas, vous aussi, resté coincé en mai 68 ? Il y a, dans ces UFR, tout un tas de jeunes qui ne se revendiquent aucunement du Che, voir même de gauche. Vous voilà vous même croyant aux imbécilités que nous présentent les médias quand ils mettent sur le devant de la scène les 10 jeunes pommés qui bloquent leur fac en se prenant pour le rempart au capitalisme… Pendant que la masse silencieuse souhaite retourner en cours. Bien d’autres pays à l’économie éducative bien plus développée (celle que vous semblez supporter, à savoir forte sélection, frais d’inscription élevés, etc.) comme le Royaume Uni, ont redonné leurs lettres de noblesse aux Sciences Humaines, admettant que ces filières permettaient de former des gens adaptables à de nombreux domaines de compétence. Alors oui, c’est peut être bien 68 qui nous retarde… et surtout les anti-68ards stériles qui ne font pas plus évoluer la discussion que ceux qu’ils entendent renverser.

    Répondre
  2. Anonyme

    30/12/2007

    A l’impossible nul n’est tenu.
    Et si la solution était tout bonnement dans une mise en concurrence qu’il suffit de laisser se développer d’elle-même ?
    La lassitude des familles, des élèves et des étudiants, que le système éducatif est sensé aider et servir, y contribuera spontanément.
    Créé, nourrit et stratifié par l’idéologie, le mammouth finira par s’ensabler, à la manière de ces constructions démentielles abandonnées à elles-mêmes tant leur démantèlement pose de problèmes insolubles.
    Il s’agirait alors de prendre son mal son patience en veillant à ce que le système de remplacement soit exempt des défauts du défunt, ce qui semble possible à en juger par les résultats comparés de l’enseignement privé.

    Répondre
  3. Deschamps Daniel

    29/12/2007

    Tskvi      Si tu ne trouvais pas de travail en 68, es tu bien sûr d’avoir exprimé ton désir d’en trouver? ou bien n’était ce qu’une intention ?   je témoigne si nécessaire que trouver du travail à cette époque était si facile qu’il suffisait de frapper à la porte de  n’importe quelle entreprise et de proposer ses services. Les entreprises faisaient tout pour retenir une personne, même non qualifiée, qui exprimait son désir de travailler car elles avaient du mal à renouveler leurs employés quand ils décidaient de changer d’air.  

     

    Daccord globalement avec l’article;

    sauf que le manque d’ambitions pour des "vraies réformes" indique le conditionnement de son auteur qui reste à son tour dans le politiquement correct.  ça ressemble fortement à un texte produit par un enseignant.

    Je me demande toujours comment des adultes peuvent choisir un métier où ils ne seront pas directement responsables et pas rémunérés selon le niveau des fruits qu’ils auront produits. Je me demande comment on peut accepter l’idée de prendre sa rémunération dans la poche de ses concitoyens sans leur demander leur avis!  Les enseignants ne sont ils pas les premiers à former une caste et à déformer nos enfants à leur image?

     Quand la masse des enseignants comprendra que la responsabilité individuelle  est l’indicateur le plus sûr de l’intelligence, ils formeront des gens qui pensent juste. Ils formeront une nouvelle société qui exigera ce critère de ses politiques. 

     

     

    Répondre
  4. Gérard Pierre

    29/12/2007
       «  la loi de la rue qui, dans ce pays, finit toujours par avoir le dernier mot ». …… Le gouvernement n’aura encore fait qu’un break de plus dans sa politique de rupture. Mais, …… pour une fois, …… à y regarder d’un peu plus prés ! ! !
     
       Je ne désespère pas de l’avenir. Il reste dans l’enseignement supérieur tout un secteur très performant qui fonctionne admirablement, celui des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs. Le principe de la sélection à l’entrée ne flanque pas de tourments existentiels à celles et ceux qui optent pour cette voie. A la sortie, plusieurs propositions d’emploi les attendent parfois. Ceux qui entrent à l’université dans les filières courtes, à caractère scientifique ou technique, continueront à se voir proposer des emplois de niveau technicien.
     
       Ceux qui posent problème ce sont en réalité tous les traîne godasses qui ont souvent décroché leurs bacs de justesse, aux penalties, dans des séries bricolées, et qui s’inscrivent en « sciences zumènes » sous prétexte qu’ils ont une sensibilité de gauche qui les rendrait plus aptes que d’autres à percevoir toute les finesses de ces matières ! …… guitareux à leurs moments perdus, ils se prennent parfois pour des Baudelaire incompris de la masse bourgeoise égocentrique. Ils adulent le Che, un assassin borné (j’allais dire : buté ! ! !), Marie-Georges ou Ségolène, Jaurès et Renaud Séchan. Ils placardent sur des banderoles les angoisses métaphysiques qu’ils trimballent en bandoulière durant toute l’année (sauf pendant les vacances, …… faut pas déconner ! …… ça, c’est fait pour décompresser !). Leurs échecs ne sont attribuables qu’à la société capitaliste et leurs succès à la lutte. Ce sont de jeunes vieillards arc-boutés sur de vieux rêves où tout risque est exclu. Je les plains car ils sont médiocres mais ne le savent pas encore. Ils tâteront un peu d’action sanitaire et sociale, de psychologie, de philologie, de sociologie, d’histoire médiévale ou de droit administratif, sans se soucier de l’emploi professionnel possible ou non d’un tel galimatias de connaissances difficilement monnayables. Mais, j’allais l’oublier, …………… ce sont de purs intellectuels. Leurs modèles passent à la télé ! …… et ils parlent haut et fort, avec l’autorité de ceux qui maîtrisent tous les acquis de langage.
     
       Scories du système, ils finiront en croyant avoir été des hommes libres et indépendants de tous les pouvoirs, à commencer par les pouvoirs d’argent, sans s’être jamais rendus compte que la sélection qu’ils avaient toujours refusée s’était opérée malgré tout, à leur insu et à leur détriment.
     
       Pourquoi madame valérie Pécresse devrait-elle perdre sa santé à vouloir le bien des imbéciles malgré eux ? ……… la sélection naturelle suppléera tôt ou tard le refus de sélection consentie et organisée.
     
       Bonne fêtes de fin d’année à madame Valérie Pécresse et surtout qu’elle ne culpabilise pas. Jack Lang qui n’a strictement rien fait lors de son passage dans le ministère où elle se languit continuera encore pendant longtemps d’être très populaire au sein de cette faune de glandeurs encartés au SNES, …… PRECISEMENT PARCE QU’IL N’A TOUCHE A RIEN !
     
    Répondre
  5. Tskvi

    28/12/2007

    «Mais en 68, régnait le plein-emploi»

    Ah oui, le plein emploi? Alors pourquoi ai-je émigré en février 1968, après 18 mois au chômage?

    Répondre

Laisser un commentaire

  • (ne sera pas visible)