Politique étrangère : encore une gaffe !

Posté le janvier 11, 2012, 12:00
8 mins

Nicolas Sarkozy a pris la décision de punir d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende tout citoyen qui nierait le génocide des Vendéens, crime contre l’humanité perpétré par les militaires et miliciens français aux ordres de la Convention en 1793.

– Mais non, Monsieur, il s’agit du génocide des Arméniens commis par les Turcs de l’empire ottoman en 1915.
– Comment cela ? La France, à ma connaissance, n’est pas encore une colonie turque, ni un pays du Proche-Orient. De quoi se mêle-t-on ?
– Si, Monsieur, d’une certaine façon, car la France compte 500 000 Arméniens, fixés surtout dans le Midi, et plus particulièrement dans les Bouches du Rhône. D’ailleurs, la proposition de loi émane d’une députée de ce département. Or, ces Arméniens, qui ont tous la nationalité française, votent. Et, pour leur plaire, afin qu’ils votent pour lui au printemps, le président de la république a pris la décision que je viens de citer, adoptée, il est vrai, par à peine une cinquantaine de députés présents sur 577.*

Cette décision ne s’imposait pas. Elle est contraire à l’intérêt national
. Des élus éminents de la majorité elle-même ont exprimé leur désaccord. Gérard Larcher, ancien président du sénat, Bernard Accoyer, actuel président de l’Assemblée, et surtout, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, qui s’opposant de front à Sarkozy, a qualifié cette décision « d’inopportune » – ce qui, traduit en bon français, veut dire « une grave erreur ». Alain Juppé, se sachant embarqué sur le « Titanic », n’a évidemment plus guère intérêt à ménager le capitaine.
Après Luc Ferry, Pierre Nora, historien et académicien connu, écrit, dans le « Monde » du 28 décembre, que le vote des lois mémorielles est un « sport législatif français ». Il rappelle, à cette occasion, la loi votée en 1990 à l’initiative d’un député français stalinien, Gayssot, pilier du communisme, dont le bilan est dans le monde de cent millions de morts dans des centaines de camps de concentration, au nom des droits de l’homme et des travailleurs…

Les Turcs, quant à eux, ont fortement réagi, à la suite de ce qu’ils estiment être un acte d’ingérence et d’hostilité à leur endroit. Or, la Turquie, puissance majeure en Orient et membre de l’OTAN, est le 3e client de la France qui a implanté en Turquie de nombreuses entreprises, dont une importante filiale de Renault. Ces entreprises, bien sûr, conséquence de la gaffe, vont perdre des marchés, ce qui est d’autant plus mal venu que la balance commerciale de la France (dont les produits se vendent mal, car trop chers en raison du poids de la fiscalité) est déjà lourdement déficitaire. Mais qu’importe ? Pour un politicien, l’intérêt personnel passe toujours avant l’intérêt national.

Le comble est qu’il n’est pas sûr du tout que les Arméniens soient reconnaissants à Sarkozy de sa décision. Certains d’entre eux, en France, sont favorables à Marine Le Pen ; d’autres, ceux-là en Turquie où ils sont nombreux, jugent la manœuvre électoraliste du président de la République française de nature à ranimer l’hostilité des Turcs contre eux.

Cette politique internationale de la calculette électorale est détestable. Elle nous amène à constater que la France est devenue une sorte de réceptacle proche-oriental, où l’on voit devant l’Assemblée nationale une véritable forêt de drapeaux turcs avec le croissant musulman.
J’avais déjà été le témoin d’une vaste manifestation des Kurdes de Paris, épaulés par le Parti communiste qui, à cette occasion, avait prêté ses haut-parleurs. Ne connaissant pas le kurde, je n’ai pas compris ce qu’ils disaient, mais ils criaient très fort.

La France devient ainsi une sorte de cour des miracles, où l’on voit les Arméniens contre les Turcs, les sunnites contre les chiites, les Tchétchènes contre les Maghrébins, les Tsiganes contre les forces de l’ordre.
Quand la Turquie, patrie des Turkmènes, des Kazakhs et Kirghizes, originaires de la Mongolie occidentale et descendants de Gengis Khan, ainsi que les Ouïgours de Chine, sera admise dans l’Union européenne désunie et ruinée, qu’est-ce que ce sera ? Pas besoin d’aller au cirque, le cirque viendra à nous !
Un point positif, cependant : la décision anti-turque de Sarkozy aura retardé d’autant l’entrée de la Turquie en Europe, c’est-à-dire, la turquisation et l’islamisation de l’Europe. Tant mieux, mais hélas, je le crains, on ne perd rien pour attendre !

Christian Lambert
Ancien Ambassadeur de France

5 réponses à l'article : Politique étrangère : encore une gaffe !

  1. Anonyme

    14/01/2012

    @ François

    la différence c’est qu’on ne parle pas des mêmes
    ou bien si vous préférez
    certains sont plus égaux que d’autres

    lorsque vous aurez compris cela vous pourrez vous faire acheter même par … le Qatar

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  2. François

    12/01/2012

      @ Hans…
     Pour que le conseil constitutionnel donne son avis, encore faut il qu’il soit saisi par un groupe de députés. Or, dans le cas qui nous occupe, la gauche a (pour une fois) voté comme un seul homme avec la "droite". Comme quoi, quand il s’agit de faire une c….rie, tout le monde est subitement d’accord!
     Puisqu’ officiellement il s’agit de punir ceux qui nient la vérité, j’attends avec impatience la loi qui sanctionne ceux qui prétendent que la terre est plate…et celle qui punirait ceux qui nient que Staline ou Mao ont chacun plus de morts sur la conscience qu’Hitler…

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  3. Laudance

    12/01/2012

    Je n’ai rien à redire à la position de Christian Lambert concernant la politique étrangère de la France, car pour moi il est dans le vrai. Loin de m’étonner de la dureté de ses propos, je vais, au contraire, y ajouter quelques mots relatifs à un génocide plus récent que ceux évoqués par cet ancien ambassadeur clairvoyant. Il s’agit de celui perpétré au Rwanda revenu brièvement et discrètement d’actualité à la suite d’une nouvelle enquête dont les conclusions viennent d’être révélées. A présent, on sait donc que celles-ci n’accablent pas le président Kagame, mais bien les extrémistes hutus qui ont abattu l’avion de son prédécesseur. Personnellement, je n’en avais jamais douté, malgré tous les efforts consentis pour désigner de faux coupables. Je ne suis toutefois pas là pour faire le procès des vrais responsables rwandais, mais pour rappeler aux Français peu ou mal informés que de lourds soupçons pèsent sur la France dans le cadre de ce génocide. De lourds soupçons ? Quand j’écris cela c’est uniquement par souci de précaution, afin de ne pas donner l’impression de les transformer en véritable accusation. Mais en d’autres lieux et milieux, ce souci de modération n’est pas de mise. On y déclare ouvertement que la France était impliquée dans ce massacre organisé.

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  4. HansImSchnoggeLoch

    12/01/2012

    Pour inventer de nouveaux impôts inutile d’être un génie ou de sortir de Polytechnique, il suffit d’être un pervers et/ou de décréter que tous ceux qui dépassent un revenu mensuel de € 4000.- méritent qu’on les plume. Peu importe les moyens si le but à atteindre est noble.
    Ceci est quasi équivalent à tuer un Chrétien en clamant haut et fort qu’en faisant cela on lui permet de gagner plus vite le ciel. Cette dernière affirmation est un tantinet provocateur je l’admets volontiers mais elle est tout à fait dans la ligne de la dialectique utilisée par les collectivistes et par certains de leurs adhérents hantant ce site.

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  5. HansImSchnoggeLoch

    12/01/2012

    Les pratiques de l’Inquisition avait été jetées dans la poubelle de l’histoire et tout le monde s’en trouvait soulagé.
    Remettre certains aspects de ces pratiques en vigueur en votant des lois mémorielles est un abus flagrant d’excès de pouvoir. Cela devrait être sanctionné par le Conseil Constitutionnel si cette entité était réellement indépendante. Malheureusement on peut constater qu’elle est à la botte des détenteurs actuels du pouvoir de ce pays.
    Chassez le naturel, il revient au galop!

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