Dette souveraine et déficit commercial

Posté le 21 septembre , 2011, 12:00
6 mins

En principe, les dépenses courantes de l’État (fon­ctionnement et transferts) sont couvertes par l’impôt. Les investissements peuvent l’être par emprunt, éventuellement à l’étranger, si leur rentabilité est bonne.

Ainsi, les transferts sociaux comme les impôts sont calés sur le niveau de vie, et les investissements à rentabilité normale se paient d’eux-mêmes. Grosso modo, c’est le mode de fonctionnement courant.
Pour être honnête, l’État s’est toujours endetté, peu ou prou.

La nouveauté est que, depuis plus de 30 ans, les États occidentaux ont augmenté régulièrement endettement et impôts
. Déjà, en 1995, M. Allais observait des « pyramides de dettes », et la situation n’a cessé d’empirer.
Ce n’est pas un hasard.

C’est en partie la conséquence, dans certains pays européens dont la France, du laxisme récurrent dans la gestion publique, que notre ami Christian Lambert a clairement exposée dans le n° 802. L’augmentation perpétuelle du nombre de fonctionnaires entraîne, en effet, non seulement celui de la masse sa­lariale, mais aussi des généreux frais généraux induits.

Une autre part de cette dette est la conséquence calamiteuse des décisions économiques prises par l’UE : libre-échange mondial et euro.
Le libre-échange mondial, décidé en 1974 sous la pression de la Grande-Bretagne, qui a con­sisté à abolir toute protection douanière sans contrepartie et sans contrôle des taux de change, a fortement détérioré, dans presque tous les pays de l’UE, non seulement l’emploi, alourdissant ainsi les indemnités de chômage dans des proportions inconnues, mais aussi la balance commerciale devenue structurellement déficitaire. Car ce que les chômeurs ne produisent plus ne peut être ni consommé, ni exporté. Comme la pression légitime de l’opinion oblige à maintenir le niveau de vie, on a importé ce qu’on ne fabriquait plus, et d’autant plus que c’était apparemment bon marché.
Mais, même bon marché, il faut payer.

Or, les importations ne peuvent se payer que par des exportations équivalentes dans une monnaie indiscutée. Les réserves étant insuffisantes et les exportations de moins en moins compétitives, on s’est endetté pour payer les importations supplémentaires.

L’euro a prêté son savon à la glissade. Une économie solide produit une monnaie forte, mais l’inverse n’est pas vrai. Confon­dant l’effet et la cause, la BCE a constamment favorisé la valorisation de l’euro, devenu cher, mais pas fort. Le prix trop élevé de la monnaie a, au contraire, affaibli l’économie réelle, et cette politique de valorisation constante a permis d’obtenir artificiellement des taux d’intérêts faibles. La dette ne coûtant pas cher, pourquoi se priver ?

La dette souveraine est ainsi, en grande partie, le prix de ce qu’on a importé et consommé, mais jamais payé.
Maintenant, la fête est finie, il faut réduire notre niveau de vie ou produire davantage et ex­porter. Sinon, cela ne peut se terminer que par des désordres sociaux, lesquels obtiendront par la force ce que les « élites » refusent de décider : la préférence communautaire et le retour à des monnaies nationales sous contrôle. C’est, ni plus ni moins, la situation, pas si mauvaise, qui prévalait pendant les Trente Glorieuses.
Le ministre allemand des Finan­ces Fritz Schäffer a récemment déclaré : « La BCE et la Commis­sion européenne sont debout face au champ de ruines de leurs propres politiques. »

Après le départ inexpliqué de M. Weber, qui devait succéder à M. Trichet, voilà que M. Jürgen Stark, chef économiste allemand de la BCE, quitte le navire, sans explication non plus. Ça sent le sapin !

2 Commentaires sur : Dette souveraine et déficit commercial

  1. ozone

    24 septembre 2011

    Et c’est le banquier de Goldman Sachs qui va prendre la BCE,on est jamais mieux servi que par soi méme.

    Mais les meilleures chose ayant aussi une fin,les populations n’y croient plus aux réves fous de tous ces traitres.

    La fin est proche et la poubelle de l’Histoire est grande ouverte.

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  2. quintius cicinnatus

    22 septembre 2011

    si je suis le premier à faire un commentaire sur ce texte , c’est sans doute parce que depuis des années  j’ai prêché dans le vide cette évidence historique  : "un pays qui n’a plus ni ateliers ni champs ni ports est un pays mort"

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