Noël, Satan et le problème de la littérature pour enfants

Noël, Satan et le problème de la littérature pour enfants

Je suis effaré d’où je suis par les programmes de télé et les cadeaux culturels pour l’enfance. Ils ont été concoctés chez les orques, les dactyles et les serviteurs de Pluton.

La littérature pour enfants a toujours été liée à l’horreur ; il n’est que de repenser aux histoires d’ogres qui tapissent les contes de Perrault, celles d’inceste ou de famine, de changement de personnalité ou de sexualité débridée : Bettelheim l’avait assez bien psychanalysé dans un essai déjà ancien. Mais on a assisté, surtout depuis l’époque victorienne, à un renouveau de la littérature pour enfants, renouveau très anglo-saxon d’ailleurs, et qui a perduré jusqu’à la publication et au succès de mon très cher Seigneur des Anneaux et du très inquiétant mais très médiocre Harry Potter. Maintenant quand on rentre dans un magasin de livres pour enfants on a l’impression d’entrer dans un cabinet de curiosités monstrueuses. On n’a retenu de Tolkien ou Lewis que leur bazar de monstres et on s’est mis à collectionner les ogres, les monstres, les sorcières, les détraqués, les vampires, les mutants, les insectes, les toiles d’araignées, les morts-vivants et tout le Barnum mondialisé de l’horreur performante.

Il semble même que, à voir ce qu’on nous programme à la télévision en cette époque soi-disant de nativité, que le satanisme est devenu le plus petit dénominateur commun de la religion mondialisée. Cela s’explique aisément par la vague antichrétienne qui devient proprement folle, surtout d’ailleurs dans les anciens pays chrétiens, où l’on dirait que les mages et les sorcières sont revenus pour l’heure des comptes. Mais le satanisme a tout pour séduire aujourd’hui : il prône l’argent, le sexe, la magie, la performance numérique ; il est amusant, Fun, il adore faire peur, il produit des sensations fortes dans une société dégénérée et blasée qui n’en peut mais ; enfin il repose sur la dérision, n’est-ce pas ! Il repose sur un vrai universalisme puisque toutes les cultures païennes et toutes les religions ont leurs démons et leur enfer, beaucoup plus vivants en un sens que le paradis jugé trop ennuyeux. Schopenhauer observait déjà combien L’Enfer de Dante était plus réussi que son Paradis : il n’avait eu qu’à observer autour de lui…

L’affaire de Twilight, ce film sur des amours vampiriques marqués par l’abstinence et le végétarisme, est tout un programme : le mal est au service du bien, puisque le vampire se repent d’être carnassier, se contentant de devenir carnivore pendant que sa chérie est, elle végétarienne, ; l’abstinence sexuelle est aussi au programme puisqu’il risque en cas d’ébats d’y avoir un accroc, c’est le cas de le dire…L’auteur de l’opus est d’ailleurs une mormone et elle a pris son projet très au sérieux comme le milliard d’ados mondialisés qui ont absorbé le bouquin.

Le végétarisme est au cœur de la littérature enfantine ou des desseins animés enfantins : Nemo croise des requins qui ne mangent plus rien, et le roi-lion dévorait de la vermine tout simplement. Ces animaux ne mangent rien, et l’on se demande quand l’herbe vive des savanes portera plainte, et quand la vague anorexique qui frappe la jeunesse prendra fin, entre deux cris d’orfraie sur les droits du poulet et les pets des vaches liquidateurs d’ozone !

L’époque industrielle a vu l’émergence d’une nouvelle littérature pour enfants, encore plus retorse que l’ancienne, écrite par des auteurs végétariens (je repense à Steve Jobs, producteur de Nemo et du reste, bouddhiste végétalien presque mort de faim), théosophistes, gnostiques, socialistes, illuminés, féministes et j’en passe : il n’y a qu’à lire en les interprétant des textes comme Peter Pan (le titre est un programme), Mary Poppins (féminisme, suffragettes et liquidation de l’autorité paternelle), Pinocchio (plus italien et donc plus subtil, ambigu), et bien sûr Le magicien d’Oz.

Comme je veux terminer sur une note d’optimisme, je rappellerai que ce grand livre – et grand film –, écrit par un auteur politiquement incorrect et donc chassé des bibliothèques scolaires américaines maintenant, a tout un message codé que l’on peut crypter ou décrypter à souhait.

Oz, c’est le mensonge de la politique et de la publicité : mais c’est aussi l’abréviation de onces, onces d’or s’entend. Le roman polysémique se présente entre autres comme une réflexion sur le bimétallisme : la petite Dorothée (don de Dieu en grec ; Maurice Leblanc s’en rappellera) parcourt un chemin jaune et doré, elle porte des pantoufles d’argent, et elle se dirige vers le monde vert de la cité d’émeraude… Dorothée est accompagnée par le léonin héros, en quête de courage, l’homme d’étain, symbole de la révolution industrielle et bien sûr Scarecrow, homme de paille du monde des campagnes !

Plein d’idées, de créations énigmatiques et plaisantes, de personnages secondaires (dont certains ont inspiré Tolkien, comme les arbres combattants), le magicien d’Oz défend des valeurs positives et américaines, mais d’un autre âge : on a donc raison de l’interdire, histoire de montrer qu’entre deux éclats de rire Satan n’est pas si tolérant !

Partager cette publication

Comments (2)

  • viguie Répondre

    Pour Nicolas Bonnal

    bravo pour cet article sur une question clef : la littérature pour les enfants, sujet que j’élargirai bien à celui de la littérature pour les jeunes

    je suis moi même auteur dans une belle collection autrefois célèbre mais aujourd’hui en perdition :le fameux signe de piste, naufragé à cause d’une "mauvaise réputation " imputé  par le politiquement correct qui contrôle l’édition et la distribution

    je vous invite à y jeter un coup d’oeil

    site : http://www.carnet2bord.com

    merci de nous aider à sauver ce qui reste de littérature propre

    3 janvier 2012 à 11 h 03 min
  • Pierre Répondre

    Mary Poppins, sataniste ?

    2 janvier 2012 à 22 h 57 min

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *